Paradoxalement vôtre

 

C’est l’homme des paradoxes. D’un naturel timoré et plutôt poli, il frôle avec l’odieux, le malsain, le pervers. Air dégingandé, lunettes de soleil rondes, cheveux longs, barbes de trois jours, désinvolture de rigueur…Il approche et me lance après une poignée de mains courtoise :  » Mais tu sais que personne n’a encore voulu me publier « . Je lui réponds par l’affirmative que pour avoir lu son travail, il ne démérite pas qu’on lui consacre un papier. Je propose donc au  » prestidigitateur des pensées sans sens apparents  » de faire un anti-portrait chinois. Jake acquiesce d’un hochement de tête.

Si tu étais un objet ? Un karcher 4000. Si tu étais un animal ? Une mouche. Si tu étais un air ? N’importe quel hymne patriotique. Si tu étais une qualité ? L’altruisme. Si tu étais un roman ? La bible. Si tu étais un mythe ? Sisyphe. Si tu étais un personnage de fiction ? Un héros. Si tu étais un film ? Un navet à la gloriole des USA. Si tu étais une arme ? Une bombe nucléaire ou un pet. Si tu étais un endroit ? Une prison. Si tu étais une planète ? La terre. Si tu étais une pièce ? Une cellule. Si tu étais un bruit ?

Celui des machines usine. Si tu étais une musique ? La techno. Si tu étais toi ? Je serais bien dans ma peau… Cette réponse en dit peut-être long sur le personnage et ne manque pas de susciter bien d’autres interrogations. Jake pourquoi écris-tu ?  » Parce que cela permet de faire semblant de réfléchir. Je ne sais jamais vraiment ce que je vais écrire. Ca vient comme une urgente envie de déféquer de douces folies sur du papier. Mais il m’arrive de cogiter un peu notamment lorsque mes Gamma GT grimpent en flèche.  » Et la minute suivante le voilà parti dans une théorie sur ce que doit être la condition de poète par rapport au monde.  » Le rôle du poète est celui d’un éclaireur.

Il se doit d’abolir toutes les frontières possibles et ce même s’il doit devenir fou et/ou en mourir. La souffrance est sa pitance quotidienne. Pour autant ce n’est, je crois, qu’après ces propres démons et phantasmes qu’il court.  » Molane me lit de nouvelles compositions. Une phrase attire particulièrement l’attention : J’aimerais tant corriger les fausses notes sur la partition du passé.

Qui n’a jamais ressenti de telles choses ? Puis, le poète semble recueilli avant que ne jaillisse dans un rire sans raison un aphorisme d’Oscar Wilde :  » Je puis résister à tout sauf à la tentation « . Peut-être un éditeur s’intéressera à Molane un jour…D’ici là, il vous salue bien bas.

Jérome Colantuono