85 heures et 20 minutes sous terre


Le samedi 5 janvier 2008 à Déservillers, une équipe de spéléologues s’engage à 9h dans le gouffre du Bief Bousset qui permet l’accès au très réputé réseau souterrain du Verneau. Les six hommes, des piliers du Spéléo Secours Français du Doubs, n’imaginent pas un instant qu’ils vont se faire piéger… cachés bien loin des caméras !

L’objectif de leur exploration est de poursuivre une escalade commencée par une autre équipe par le passé, dans l’espoir de découvrir de nouveaux passages dans ce dédale qui compte 35 kilomètres de galeries. Ces explorateurs ont aussi en tête que la découverte d’un nouvel accès entre Déservillers et la résurgence à Nans-sous-Sainte-Anne pourrait être très intéressante pour faciliter les prochains secours. Mais le Verneau souterrain va en décider tout autrement.
Les dernières pluies sur un sol en dégel vont mettre rapidement la rivière souterraine en crue. Les six spéléos se rendent compte de l’importance du niveau de l’eau et décident de rebrousser immédiatement chemin. Mais il est malheureusement trop tard pour deux des spéléos qui malgré l’installation d’une corde par leurs camarades ne contrôlent déjà plus la situation et disparaissent dans l’obscurité emportés par la force du courant. C’est le début de l’enfer pour le groupe ainsi séparé. Les quatre autres spéléos tentent de les rejoindre par une autre galerie mais sont rapidement pris au piège entre deux siphons que l’eau vient d’amorcer.
Commence alors pour eux la longue attente de la décrue en position de survie dans un bivouac de fortune et dans l’incertitude du devenir de leurs camarades. Il est 20h, leur sortie ayant été estimée à 24 heures, les familles ne donneront vraisemblablement pas l’alerte avant encore 15 heures !
Le lendemain, en début d’aprèsmidi à Déservillers, le camion de petit-lait de la fromagerie à Comté laisse passer le tout premier véhicule de pompiers qui s’empresse de rejoindre le haut du village. Le déclenchement par la Préfecture du plan Spéléo Secours va mettre en alerte les membres du Spéléo Secours Français venant de nombreux départements et l’opération mobilisera plus de 400 personnes (105 sauveteurs bénévoles du SSF, 200 pompiers, 92 gendarmes…).
Sous terre c’est l’attente… L’attente interminable d’une accalmie qui permettra au niveau de l’eau de baisser et de laisser ainsi s’échapper les prisonniers. Il est maintenant temps car ils commencent tous à entendre « des âmes en perdition » et de fortes détonations.Ce ne sont en fait que les bruits de l’eau et la décompression provoquée par l’air dans les siphons qui pourraient laisser à penser que des sauveteurs s’activent à les sortir de là au moyen d’explosifs. Après avoir passé 85heures sous terre, le Verneau va finalement décider de laisser les quatres spéléos remonter sur le plancher des vaches de Déservillers.

La rencontre avec les sauveteurs sans information de leurs deux camarades sera explosive.  » J’éclate en sanglots. Cette nouvelle, plus la tension accumulée me font perdre tout contrôle, je n’arrive pas à m’arrêter de pleurer  » témoigne une des victimes. Il va s’avérer que leurs camarades rescapés ont été retrouvés dans le réseau côté Nans-sous-Sainte-Anne, eux aussi sur le chemin de la sortie, après avoir descendu par paliers successifs un dénivelé de plus de 400 mètres sous terredans un Verneau en crue !

À l’heure de l’anniversaire de ce mauvais souvenir, nous conseillons aux six spéléologues de s’enfermer dans une autre salle obscure… celle du cinéma lors de la projection de « La Guerre des Miss ». Ce film se termine par un beau clin d’oeil à un des aspects de leur indispensable activité pour la collectivité : l’importance de bien connaître notre milieu souterrain et ses circulations d’eau !

Alain BULLE

A voir également ici : le reportage de FRANCE3