La vraie photo d’identité en danger

Le problème c’est que ces nouveaux appareils prendront aussi des photos, qui seront intégrées dans le document officiel. Une mesure qui, selon les professionnels, va amener les clients à bouder les boutiques de photographes. Un manque à gagner considérable.
Les photos d’identité c’est le deuxième plus gros chiffre d’affaires du magasin d’Alain Fève. « Lorsqu’on me de-mande de faire des photos d’identité, dans 90% des cas c’est pour des papiers officiels. En 2008, ça représentait 4089 opérations » explique le photographe. Ces machines tant redoutées pourraient débarquer dans les mairies courant juin, à Besançon, Pontarlier, Baume-les-Dames, Ornans, Saône…

Dans un premier temps, cela concernera uniquement les passeports. Mais en 2011, les cartes d’identité pourraient suivre le même procédé… Voyant la grogne des professionnels monter, les députés ont débattu sur le sujet. Mais aux questions posées au gouvernement, ils n’ont visiblement reçu qu’une explication concernant le système qui va être mis en place. Les Sénateurs ont proposé comme alternative une réduction de 7 euros du prix du passeport (89 euros), si la personne apporte ses deux photos bien conformes. Photos qu’elle aurait pu faire chez un photographe professionnel de son choix.

La proposition a été retenue par le gouvernement, mais la réduction a été revue à la baisse : le citoyen n’aura droit qu’à une remise de 1 euro! «Quasiment une insulte à notre travail » s’offusque Alain Fève qui ajoute, « la prise de vue en mairie n’est pas obligatoire, c’est l’image du visage qui doit figurer dans la puce du passeport, les machines sont prévues pour pouvoir scanner les photos apportées par les demandeurs». Des actions nationales sont menées par l’Association pour la Promotion de l’Image (API) pour lutter contre cette réforme. Un recours a même été déposé au Conseil d’État. Ce dossier est actuellement en cours, tout comme la plainte pour « concurrence déloyale et création de monopole » déposée auprès du Président de la Commission européenne.
Mais Alain Fève attend plus, de l’action au niveau local.Une grève a été organisée mais peu suivie. Pour le moment, la seule alternative c’est la décision du maire qui peut accepter ou non l’installation de l’appareil dans sa commune. Certains maires ont déjà manifesté leur réticence.Un dernier correctif a été apporté le 30 décembre 2008 à la loi de finances, il donne la possibilité aux maires qui auront les machines, de « décider de ne pas procéder au recueil de l’image numérisée du demandeur».
Mais pour Alain Fève et tous ses collègues, la lutte continue pour la suppression totale des appareils photo sur les stations. Alors n’hésitez pas à aller faire vos photos d’identité chez un vrai photographe, un professionnel au savoir-faire reconnu, qui saura vous conseiller…

Marine GAREL