Quand transmission rime avec passion

 

Etudiante en BTS design d’objet à Strasbourg, Lor Oberre décide de réaliser en 2003 son stage de 1ère année chez André Mouget à Morre, artisan internationalement reconnu. Alors en convalescence suite à une opération ophtalmologique, l’illustre artisan décline sa proposition, sans soupçonner l’entêtement de celle qui lui rétorque : “Qu’importe, je serai vos yeux”. Face à une telle détermination, l’affaire se conclut. Trois mois de travail assidus permettent à Lor de découvrir un métier qu’elle embrasse avec force et passion. Une vocation est en train de naître, sous le regard bienveillant et expérimenté d’André.

Suit un CAP monture en bronze à Saint-Amour, et l’idée germe dans l’esprit de Lor d’intégrer l’école Olivier de Serres afin d’y préparer le “doctorat des manuels”, le diplôme le plus élevé des Métiers d’Art. Mais début 2005, convaincue que la transmission des connaissances d’un artisan aguerri vaut autant que la meilleure des écoles, Lor informe André de sa décision de reprendre son entreprise. La jeune femme lance André dans l’aventure de la transmission de son entreprise alors qu’il comptait, à 62 ans, cesser son activité. En trente ans, il aura réalisé plus de 800 luminaires dont les lustres qui éclairent le Palais de l’ONU de Genève ou les lanternes de la collégiale de Dôle et obtenu de nombreux prix (Prix des métiers d’art, médaille d’argent du prix national d’architecture) Il compte parmi ses clients collectivités territoriales, édifices religieux, antiquaires, particuliers autant que collectionneurs.
Décision prise, ils s’engagent ensemble dans un PROFOREA (PROgramme de FOrmation à la Reprise d’Entreprises Artisanales) qui permet à Lor de suivre une formation à la Chambre de Métiers et de l’Artisanat du Doubs pour devenir chef d’entreprise tout en poursuivant son apprentissage du métier auprès d’André. S’enchaînent ensuite la création de l’EURL, le rachat du fond de commerce, la médaille d’argent du meilleur apprenti de Franche-Comté et le déménagement de l’entreprise dans un nouveau local à Ornans. Cette installation a été largement soutenue par la municipalité qui a investit 42 000 € dans la réhabilitation d’un atelier de 100m2 (dont 7 975 € accordés à Ornans par le Conseil général au titre du Fonds d’Aide au Commerce et à l’Artisanat Rural, le FACAR).

Quant à définir leur métier…du luminaire aux pièces en argenterie, de la restauration d’arbalètes à la création d’appliques design, André comme Lor tentent en premier lieu de répondre aux exigences de leurs clients pour lesquels ils s’aventurent régulièrement sur des sentiers inexplorés. “Mon travail est de l’ordre de l’expérimentation, de la création : on finit toujours par repousser les limites de la matière”. Des mois de travail passionné les conduiront à réaliser ensemble de fabuleux ouvrages, dont celui de la nouvelle salle de spectacle de 7000m2 au Puy-du-Fou soit 137 luminaires, 127 appliques et 6 lanternes. Quatre mois et demi de travail acharné dont Lor tire quelques leçons : “Moralement, ça a été un chantier énorme mais de toute façon on ne vit que pour travailler quand on fait de l’artisanat d’art !”. Du haut de ses 22 ans, Lor semble parfois s’interroger sur ce choix qui engage sa vie. Quel sera le montant du sacrifice ? Comment construire sa vie à côté ? Car outre la passion du métier manuel, elle s’est engagée dans l’aventure d’une entreprise dont elle assumera prochainement seule l’entière responsabilité.

Laura Franco

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