Villages FM: 30 ans après la création du Cirque Plume, Bernard Kudlack vous êtes toujours là, toujours aussi actif, que préparez-vous ?

Bernard Kudlack : Le chapiteau est monté, le plateau est encombré de matériel, le pont technique est en bas, on entend des caisses, de la soudure, des menuisiers… Les projecteurs sont dans le gradin, ça bosse de tous les bouts et on installe le premier plateau technique car les répétitions de «Tempus Fugit», une ballade sur le chemin perdu, commence lundi et tout doit être prêt pour les représentations.

Villages FM: Dîtes-nous en un peu plus sur «Tempus Fugit»?

Bernard Kudlack : C’est le dixième spectacle du Cirque Plume. «Tempus Fugit», c’est une idée autour du temps, de la mémoire, des pépites. C’est comme si on rentrait dans le hangar du Cirque Plume à Rio, il y a des objets, un piano qui est pendu, des caisses, des malles dont on s’est servi pendant trente ans. Et comme les cellules de notre corps gardent la mémoire de tout ce dont on a vécu depuis notre naissance, peut être que les objets d’une compagnie gardent eux aussi la mémoire et le vécu des trente ans de la troupe.

Villages FM: Le temps qui passe, la transmission, les trente ans du Cirque Plume… c’était un choix ? Une nostalgie ?

Bernard Kudlack : La nostalgie, elle est présente depuis longtemps au Cirque Plume parce que le cirque c’est la nostalgie du monde, du paradis. Et c’est un spectacle de transition parce que nous avions besoin de faire le deuil de notre compositeur disparu l’an passé. Nous avions besoin de retrouver nos malles, nos racines, d’écouter ce qui s’est passé et de le partager avec une nouvelle génération d’artistes.

Villages FM: Vous parlez de racines, le fait de s’installer à Besançon pour la création, c’était important pour vous d’être en Franche-Comté ?

Bernard Kudlack : Nous sommes tout le temps dans la région pour créer, nous nous sentons tellement franc-comtois que l’on a besoin d’être chez nous. Puis ensuite une fois le spectacle réalisé, nous partons en tournée pendant presque deux ans.

Villages FM: C’est facile d’exporter ses créations ? Aujourd’hui comment se porte le milieu du cirque ? Il y a une évolution positive depuis ces trente dernières années ?

Bernard Kudlack : Nous n’avons pas le fonctionnement d’un cirque traditionnel, nous avons des partenaires, des scènes nationales, des théâtres. Ce n’est pas une difficulté pour nous car le spectacle n’est pas encore créé que nous avons déjà 250 représentations de réservées, donc c’est une facilité. En revanche c’est très compliqué pour nous financièrement.

Villages FM: Pourtant votre notoriété devrait vous ouvrir des portes ?

Bernard Kudlack : Oui bien sûr, mais il y a juste une différence, le Cirque Plume vit avec 13% d’argent public contrairement au Centre Dramatique National (CDN) qui vit avec 85 % d’argent public, tout comme les théâtres nationaux ! C’est-à-dire que le cirque n’est pas reconnu à sa juste valeur aujourd’hui encore, trente ans après. Il y a des arts du spectacle très bien dotés qui se plaignent toujours qu’ils n’en ont jamais assez… mais ils n’ont pas fait de place au cirque, un peu si, mais pas en proportion de la révolution artistique de ces trente dernières années. C’est comme à l’Assemblée nationale… ceux qui sont en poste ne veulent pas se pousser pour laisser accéder les femmes ou les nouvelles générations. Et cette situation, je la regrette car cela fait déjà 10 ou 15 ans que le cirque aurait dû rentrer au même niveau que la danse, que le théâtre ou même l’opéra dans les structures subventionnées.

Le Cirque Plume – «Tempus Fugit»
Du 18 mai au 13 juin, Chapiteau Casamène
à Besançon – www.cirqueplume.com

Retrouvez l’interview sur Villages FM jeudi
28 mars à 10h30 et mercredi 10 avril à 15h30
99.8/105.1/107.4