Villages FM : Vous aviez écrit votre premier album « les accords tacites » sous le label MVS, et votre dernier « FAR EAST » tout seul, dans votre propre studio, est-ce que cela vous a donné plus de liberté ?

Michaëla : Oui exactement, nous étions très frustrés en enregistrant le premier album. L’équipe avec laquelle nous avions travaillé nous a empêché de communiquer nos souhaits : on n’était pas en position de faire ce que l’on avait envie.

David : Ces limites on été imposés sur l’enregistrement de l’album, comme sur le graphisme. Heureusement que nous avions travaillé avec un super photographe que nous avions pu choisir nous même, Pierre Gable. Mais à part ça, c’est un graphiste du label qui a fait le reste.

Michaëla : Ce qui nous a vraiment dérangé, c’est que nous étions obligés d’assumer quelque chose qui ne venait pas 100% de nous. C’est comme vivre dans ta maison, mais décoré avec des couleurs qui ne sont pas les tiennes. 

Villages FM : En écoutant vos deux albums j’ai eu l’impression que le deuxième était plus débridé, plus expérimental peut-être, est-ce l’effet que vous aviez recherché ?

David : Oui c’est surement lié à cela. En écrivant notre premier album, cela ne faisait que deux ans que l’on jouait ensemble, on commençait encore un peu à se connaître. On avait peut-être plus d’expérience en faisant le deuxième album, mais surtout on était libre de faire ce que l’on voulait. Cet album, on peut l’assumer totalement.

Michaëla : On est revenu à l’énergie primaire dans « Far Est » qui nous manquait dans « Les Accords Tacites ». Cette énergie était là sur scène, mais pas forcément dans le premier album. Les gens nous l’ont beaucoup dit, du coup on voulait s’assurer de faire le maximum sur le deuxième album.

David : On a une vraie volonté de créer, d’écrire, de se tromper, mais de faire les choses de notre façon.

Villages FM : Comment définiriez-vous Fergessen ?

David : Je ne sais pas si j’ai vraiment envie de le définir.

Michaëla : C’est un duo avant tout.

David : A part Simon et Garfunkel, très peu de groupes forment un duo comme nous. Je pense réellement qu’on est le seul vrai duo. Dans la composition, on travail à quatre mains, dans l’écriture, à deux cerveaux, dans le chant, à deux voix. On divise toujours  le travail en deux, même quand il s’agit de porter le matériel, ce n’est pas parce que Michaëla est une fille, qu’elle ne m’aide pas, on fait vraiment tout ensemble, on essaye de partager autant que possible. Il y a une vraie équité et je pense qu’en ça on est les seuls qui existent et qui fonctionnent.

Michaëla : En effet si l’on devait se définir, ça serait duo, libre et convaincu.

Villages FM : Le nom du groupe Fergessen, peut-être relié à ce concept de votre groupe ?

Michaëla : Non pas vraiment. C’est venu simplement du fait que j’étais traductrice, et que j’essayais de faire apprécier la langue allemande à David par la poésie. Il a fini par trouver ça assez joli. Et le jour venu de baptiser notre duo, j’ai fait une liste de mots allemands qui sonnaient bien, David a repéré « vergessen » qui veut dire oublier, s’emporter éventuellement. On a changé l’orthographe, donc c’est un mot qui ne veut plus rien dire dans une langue comme dans une autre. Mais on aime bien, il y a un côté germanique, anglo-saxon, du coup c’est devenu un peu neutre.

Villages FM : Vous écrivez en anglais et en français, pourquoi ce choix ?

David : Pour moi je peux dire des choses dans une langue, que je n’oserais pas dire dans ma propre langue. Il peut y avoir une forme de pudeur, et en plus de ca je trouve que l’anglais est parfaitement adapté au rock/pop. Le fait de jouer dans les deux langues, nous joue des tours aussi, puisqu’on ne rentre pas dans une case.

Michaëla : De mon côté, ce n‘est pas tout à fait pour la même raison. Je suis très attachée aux mots, en anglais comme en français. Dans mon cas, ce n’est pas vraiment une histoire de pouvoir mieux dire les choses en une langue, je trouve toujours une manière de dire ce qui m’intéresse. Mais l’anglais, par sa sonorité permet de placer sa voix autrement. Il y a des syllabes qui sonnent d’une certaine manière, qui te permet certaines envolées impossibles dans la langue française.

David : Dans notre album il y a six chansons en français, cinq en anglais et au moment où on devait choisir l’ordre, on se rendait compte qu’il y avait clairement deux entités dans l’album : on ne chantait pas pareil et nos mélodies n’étaient pas les mêmes.

Villages FM : La musique est quelque chose que vous ne faites que récemment en plein temps.

C’était toujours quelque chose qui vous a tenté de poursuivre ?

Michaëla : J’ai toujours fait de la musique depuis que j’étais toute petite, un peu de violon, de piano, mais aussi j’écrivais des poèmes sans avoir conscience que je pouvais faire ça sérieusement, et j’ai mis vingt cinq ans à m’en rendre compte. David c’est tout le contraire, il savait très jeune qu’il voulait faire de la musique.

David : Je pense que je suis plus rêveur que Michaëla aussi. Tout petit, j’avais les vinyles de mon oncle à la main, Queen, AC/DC… Je ne suis pas devenu Freddie Mercury, mais le choix de faire de la musique a toujours été là depuis tout jeune et je n’ai jamais changé de cap.

Villages FM : Qu’est-ce que vous envisager pour le l’avenir de Fergessen ?

Michaëla : C’est une bonne question, on en discute beaucoup en ce moment !

David : Simplement continuer à jouer, composer, écrire, enregistrer des albums. On va continuer à faire ce qu’il nous plait d’une façon claire et limpide, où on va être obligé de continuer comme on le fait en ce moment, de faire de la musique et de quand même « travailler » à côté. En tout cas ce qui concerne l’avenir à ce niveau là, tant qu’on a envie de travailler ensemble, on continue. On a régulièrement des surprises, on croise beaucoup de personnes, on se laisse aller, on se laisse guider par des ouvertures, des opportunités, on n’a pas un chemin fixe et tracé. Le but est de continuer d’être créatif, de se faire plaisir. Le jour où l’on aura plus envie de travailler ensemble, on arrête et on fera un autre projet. Mais pour l’instant, on est persuadé qu’on a encore plein de choses à faire.

Michaëla : On n’est pas du tout rassasié. On est tellement sur qu’on n’a pas encore donné tout ce dont on est capable, tout ce que l’on ressent. Ce que je vois dans l’avenir, c’est l’élargissement de notre terrain de jeux dans le monde, au delà des frontières françaises.

David : Et ça bouge déjà, on arrive à se faire diffuser dans des radios du monde, en Colombie, en Grèce et même au Qatar.

Michaëla : Au stade où on est, toute forme d’attention est précieuse, chaque chose que l’on obtient doit être gagnée.

http://www.fergessen.fr

                                                                                                                                                                Interview réalisée par Bethanie