Les Fatals Picards, le groupe aux 1000 concerts, au micro de Villages FM

Villages FM : Chez Fatals Picards, il y a un changement au line up à chaque sortie d’album ?
Paul Léger : Au début certes, le groupe a subi beaucoup de mouvement, le temps qu’il trouve ses marques. Maintenant j’en suis à la tête et je compte y rester. Nous nous entendons tous très bien, donc je pense que le line up actuel va durer.

Villages FM : Vers fin 2013 vous fêtiez votre millième concert : quelque chose de particulier a-t-il été fait pour cette date ?
Pas vraiment. En réalité Il est difficile de tout comptabiliser. Il y a les concerts dans les salles, mais aussi les petits show-case et concerts acoustiques. On a calculé que le millième tomberait dans une fourchette entre octobre a décembre, donc pas de fête spéciale. C’est juste la grosse satisfaction d’être un groupe qui a mille concerts dans les pattes et qui arrive à faire son trou dans le paysage musical français même sans grande médiatisation.

Villages FM : Pas de dossiers croustillants sur le nouvel album : les Fatals Picards n’ont-ils plus envie d’aller sur un terrain polémique ?
Faire polémique n’est pas prémédité. Quoi que nous allons quand même sur des sujets assez chauds. Par exemple, la chanson Atomic twist parle des ravages de l’accident nucléaire de Fukishima. Les Japonais nous ont envoyé quelques lettres disant qu’ils appréciaient peu le fait de plaisanter avec ça. Le disque est varié… et nous somme très gentils comme d’habitude (Sourire.)

Villages FM : La recette de l’humour engagé fonctionne toujours aussi bien ?
Je n’aime pas beaucoup le mot « engagé », pour nous. Nous ne sommes pas des acteurs incontournables de la scène sociale ou politique. Nous ne délivrons aucun message ni ne donnons de consignes. Nous parlons de différentes choses, y compris de faits de société et de politique, mais en France, lorsque l’on aborde ce genre de thème, cela tombe dans la catégorie des engagés. Certains groupes le sont bien plus que nous. Pour les Fatals Picards je préfère dire que nous sommes « concernés ».

Villages FM : Désormais il y a, malgré tout, chez vous, des sujets plus graves qu’auparavant. Est-ce un challenge de les traiter ?
Il est vrai que d’un point de vue humoristique ce n’est pas simple à traiter. Mais nous aimons bien cet exercice d’écriture, se creuser la tête et parler de ce qui nous alerte. Au crible de l’humour la pastille passe mieux.

Villages FM : Toucher à l’émotionnel est-il plus compliqué que d’être transgressif avec des sujets légers ?
Pas forcément. Une chanson comme Gros con, dont le thème est autour des femmes battues, a été écrite assez rapidement. Une fois le fond posé, le reste vient vite. En définitive, ce qui est sérieux ne met pas plus d’écueils que d’une base déjà drôle.

Villages FM : En lisant entre les lignes, ce disque paraît fait de biographies anonymes, avec un sens individuel dans les chansons : est-ce le cas ?
Oui c’est ça. Pour reprendre l’exemple de Gros con, c’est parti d’un statut sur FaceBook. Des femmes racontaient les horreurs qu’elles vivent au quotidien, avec un gars qu’elles avaient connu. Ensuite, on a évoqué l’idée d’écrire ce morceau, puis des jeunes filles nous ont fait part d’expériences. C’est en effet le coté proche des gens qui nous a donné envie de réaliser ces chansons-là.

Villages FM : Justement, comment les utilisateurs de réseaux sociaux réagissent face à la dose d’humour qui rend ambivalentes certaines chansons ?
Ceux qui nous connaissent savent que le second degré ne nous empêche pas d’être consternés. Tous les retours que nous avons reçus sont positifs. On a même eu un écho pour Gros con de la ministre Najat Vallaud-Belkacem, qui elle-même supervise la chanson de la campagne contre les violences faites aux femmes.

Villages FM : Dans Manouches, il est question des Roms. Par effet de mode l’actualité vous inspire-t-elle ?
Ca inspire oui, mais pas par effet de mode. La thématique des Roms intervient depuis assez récemment, alors que Manouches a été écrit il y a beaucoup plus d’un an. Le temps de créer et d’enregistrer. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on ne s’y colle pas autant. Nous cherchons des thèmes généraux. Cependant le fait est que la parution du morceau intitulé Manouches a coïncidé avec toutes ces histoires de démentellement de camps de Roms. Ca donne un écho supplémentaire à ce qu’on fait.

Villages FM : Pour les Fatals Picards qui sont plutôt un groupe de rock, la chanson suscitée est-elle aussi un prétexte à quelques plans jazz manouche ?
Pas un prétexte, car dans 99 %des cas nous écrivons d’abord les paroles. Nous avons décidé d’évoquer une problématique de migration des peuples en dénonçant des clichés, pas de faire un jazz manouche. Mais la musique qui allait s’y associer demeurait toute trouvée. C’est une valeur ajoutée de couleur à notre palette. Nous qui faisons de la musique péchue, nous jouons Manouches en acoustique en concert. Cela amène davantage d’écoute sur le texte, et le public se repose un peu entre deux morceaux bien rock.

Villages FM : D’où viennent ce questionnement si récurrent de vouloir savoir s’il y a des Punks au Liechtenstein ?…
C’est tombé comme ça. Nous sommes un groupe humoristique alors imagine l’ambiance qu’il peut y avoir en séance d’écriture, ou lors de nos trajets en camion ou en train !? Je pense que c’est parti d’une blague. Et puis rien que pour la difficulté de placer Liechtenstein dans une chanson nous avons gardé cela. On est allé voir sur Internet s’il existait des punks là-bas, eh bien a priori il y en a… Tu vois parfois on pose des questions qui ont du fond, et parfois elle n’en ont pas.

Villages FM : Didier Wampas est venu à la télé chanter sur l’une de vos chansons, l’année dernière, et celui-ci est sur le même terrain de jeu que vous. La rencontre a-t-elle occasionné quelque échange d’idées collaboratives à venir, et de vannes ?
Echanges dd vannes oui, c’est qu’on fait de mieux avec Didier. Lui nous charrie parce que nous sommes des petits cons, et nous, on le charrie parce que c’est un vieux con…! Mais pas de collaborations thématiques à l’ordre du jour. Nous nous voyons lors de participations à des concerts, ou sur des évènements.

Propos recueillis par Frédéric DASSONVILLE

(interview à retrouver en audiodiffusion sur l’antenne de Villages-FM, et à relire dans Le Mag, en mai 2014)

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