François-Bernard Gris


Rentrer dans les ateliers des artisans d’art, c’est ouvrir les portes de mondes riches d’expériences, de compétences et de passion. En pénétrant celui de François-Bernard Gris, nous avons découvert des hommes livrant un délicat combat à une matière si particulière : la pierre. Tandis que chacun est penché sur son ouvrage, le bruit du maillet et de la boucharde résonne.
Dans l’histoire, les tailleurs de pierre ont su conserver vivant un métier dont la pérennité avait été menacé par l’industrialisation, les guerres ou encore la fermeture de centaines de carrières. Après la seconde guerre mondiale, cette corporation connaît un regain d’activité notamment par soucis de restauration du patrimoine. Aujourd’hui, face aux produits industrialisés, les particuliers sensibles à la matière ou passionnés de patrimoine recherchent ce supplément d’âme qu’offrent les pièces artisanales. Les commandes, qui ont pris de fait un caractère “hors-norme”, nécessitent le savoir-faire de spécialistes.
“En 1973, j’ai débuté une formation de dessin et modelage avec comme ambition de devenir sculpteur.” explique François Bernard Gris. Mais pour des raisons financières, il se dirige vers la taille de pierre. A ses deux premières années de formation chez les Compagnons, succédent deux autres années à l’Ecole des Monuments Historiques. Ce bagage en poche, quatre années de salariat lui suffisent avant de s’inscrire à la Chambre des Métiers et d’Artisanat de Besançon. Après 20 ans d’exercice à Saint-Vit, son installation en novembre 2007 dans la Vallée de la Loue résonne comme un renouveau dans sa vie professionnelle. Outre un cadre de travail plus favorable, c’est accompagné d’Aurélien, tailleur de pierre depuis 10 ans et de Thomas, apprenti chez les Compagnons, que débute l’aventure Ornanaise. “La ville d’Ornans correspond plus à mon activité que Saint-Vit. Le développement d’un pôle métiers d’art sur le secteur créé une véritable dynamique entre les artisans.”

Sur un de ses plus importants chantiers réalisé dans le sud de la France en 2006, neuf mois de travail et 30m3 de pierre (soit 100 tonnes) ont été nécessaires pour concevoir et réaliser un ensemble d’éléments d’architecture et de décoration : colonne toscane, corniche massive, escalier balancé sur limon ou encore vasques. De façon générale, les travaux exécutés se divisent en deux catégories : la restauration et la création. S’il les a longtemps dissociés, F.-B. Gris considère aujourd’hui que ces deux pratiques se nourrissent mutuellement. “On acquiert la technique dans la restauration, ce qui nous permet ensuite une plus grande liberté quand on créé.” Car en matière de restauration, aucun compromis n’est possible. Seule une retranscription fidèle au modèle d’origine est acceptable.
Mais quelque soit la nature du travail, le rapport de force engagé avec la matière reste inchangé. Ce métier allie étonnamment connaissance de la matière, puissance et précision. “Au fil du travail, la pierre se découvre, son âme apparaît” nous confie François-Bernard. Une phrase qui prend tout son sens lorsqu’on se trouve face à l’évier, la fontaine ou la cheminée disposés dans le hall d’exposition. Avant que n’apparaisse un buste de femme sculpté…serait-ce là le jardin secret de François-Bernard ?

Laura Franco