Mes chers collègues,
Dans la continuité de ces dernières années, notre budget 2011 sera ainsi marqué par de lourdes contraintes financières. Certes, ces difficultés proviennent en partie de la crise socio-économique, mais aussi, et de façon plus structurelle, de l’inadéquation des conditions de compensation des compétences transférées ou nouvellement confiées aux départements.
Face à l’évidence, mais aussi grâce à l’action unanime menée par toutes les associations d’élus, le renforcement de cet effet ciseau diabolique est enfin admis par le gouvernement. C’est ce que m’écrit
le 15 septembre dernier le Secrétaire d’Etat à l’Intérieur et aux Collectivités Territoriales Alain Marlaix : « le constat est partagé : l’effet de ciseau entre les dépenses sociales dynamiques et des recettes qui ont évolué moins favorablement que par le passé, voire qui ont diminué en 2009, comme les droits de mutation à titre onéreux, a fragilisé la situation de certains départements et mis en difficulté d’autres ».
Il oublie également de rappeler qu’avant la crise économique de 2008, il y a eu les transferts de compétences, en grande partie à l’origine de l’impasse actuelle. Car enfin mes chers collègues, ne l’oublions pas, si l’APA, le RMI/RSA et la PCH étaient intégralement compensés, alors la construction de notre budget serait d’une simplicité enfantine.
A cette non compensation, dont tous désormais partagent le constat, s’ajoutent d’autres difficultés :
– La première, un nouveau recul de notre autonomie fiscale,
– et la deuxième, le gel des dotations d’Etat.
Comme le souligne Jérôme Cahuzac, Président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale : « Le gouvernement demande aux collectivités locales de contribuer à l’apurement des comptes du pays, alors que sur 100 € de dette publique, l’Etat en pèse 80, la Sécu 12 et les collectivités locales 8… ».
Par delà les sensibilités politiques, vous souhaitez que le département puisse poursuivre son action sur les mêmes ambitions. Pour 2011, la route nous est tracée : Doubs 2017 nous en propose les principales étapes. Au regard des difficultés rencontrées, nous aurons bien entendu la responsabilité de calibrer nos choix en fonction de nos possibilités financières. C’est la raison pour laquelle nous engageons le département dans une étape supplémentaire de la maîtrise des dépenses de fonctionnement.
– s’agissant du développement durable, enrichir notre réseau de transport de voyageurs ;
– s’agissant de notre jeunesse, poursuivre la rénovation de nos collèges ;
– s’agissant du tourisme, engager la restructuration du domaine skiable de Métabief/Mont d’Or ;
– s’agissant de l’insertion, renforcer les marchés d’insertion, décliner le programme départemental à l’échelon local en 3 pactes territoriaux pour l’insertion (vous l’aurez noté, c’est d’ailleurs l’objet du rapport 101) ;
– s’agissant du logement, bâtir un ambitieux plan départemental de l’habitat ;
– s’agissant de la petite enfance, poursuivre nos efforts en matière d’accueil ;
– s’agissant du très haut débit, adopter notre schéma d’accès aux nouvelles technologies ;
– s’agissant des communes, maintenir l’ensemble de notre soutien qu’il s’agisse des dotations territoriales, des aides traditionnelles, de la politique de l’eau, des routes ;
– …
A cet égard, force est de constater que le Doubs s’est montré plus réactif, avec une action dès 2009, et plus volontaire que la moyenne des autres départements face au changement de contexte financier dans lequel les Départements évoluent désormais.
L’effort accompli en 2009 et en 2010 de mise sous contrainte de notre budget a été réalisé au travers du Plan de maîtrise des dépenses de fonctionnement. Les dépenses de personnel ont par exemple connu une évolution en 2010 inférieure à la moyenne, ce qui permet de se situer désormais légèrement en deçà de la dépense moyenne par habitant (167 € par habitant dans le Doubs contre une moyenne à 168 €). Le montant des dépenses de fonctionnement demeure ainsi inférieur à la moyenne (792 € par habitant contre 800 € en moyenne, soit un différentiel de 4 M€).
Mes chers collègues, il me semble qu’il y a aujourd’hui unanimité sur les causes des difficultés structurelles auxquelles les Départements sont aujourd’hui confrontés.
Nous aurions tort de nous résigner, d’une part, parce que les Départements sont aujourd’hui collectivement en marche pour faire mieux valoir la spécificité de leur situation, avec des propositions de tout bord.
Des propositions d’ordre juridique, avec la démarche engagée par certains départements dont le Doubs en matière de question prioritaire de constitutionnalité et de recours indemnitaire pour les prestations dévolues aux Départements.
Des propositions comptables avec par exemple, je l’évoquais tout à l’heure en accueillant M. le Préfet, la proposition de Jean ARTHUIS, sénateur de la Mayenne et Président du Conseil général, d’un budget annexe pour le RSA, l’APA et la PCH dans le cadre d’une compensation qu’il souhaite intégrale – au moins pour l’avenir. Cette proposition, si elle est intéressante, ne solde cependant pas la question du passé et du traitement des écarts financés par les départements.
Les propositions qui émanent au plan national dépassent par ailleurs le cadre des prestations sociales. J’en veux pour preuve une réflexion en cours au niveau de l’ADF sur les dispositifs de péréquation. Ce sujet est central pour ce qui concerne notre département, car si le Doubs était traditionnellement riche de sa taxe professionnelle, désormais disparue, son niveau de recettes de fonctionnement par habitant le situe désormais en deçà de la moyenne.
J’ai envie de dire que les « lignes » ne sont pas figées. Le retrait du dispositif arrêté au niveau national sur les abattements de taxe d’habitation, que j’avais critiqué fortement par l’impossibilité qui était faite de neutraliser les effets pour chaque foyer fiscal, est par exemple annoncé, preuve que l’Etat entend les critiques sur des dispositifs qui – comme je l’avais indiqué – étaient mal préparés. Certes, nous attendons davantage de précisions, mais cela devrait soulager les maires et présidents d’EPCI qui n’auront pas, si cela se confirme, à assumer des hausses d’impôts bien malgré eux.
Nos choix budgétaires réalisés dès 2009, et confortés en 2010, ont permis une maîtrise globale de nos dépenses de fonctionnement et de nos coûts de gestion. Comme je l’indiquais, nous continuerons à le faire dans le cadre de l’élaboration du budget 2011, en veillant à la fois à s’assurer du maintien des grands équilibres financiers et de la mise en œuvre du projet d’avenir dont nous avons doté le Département pour les années à venir, Doubs 2017.
Pour ma part, je me situe résolument dans cette France des territoires. Je crois surtout que nous sommes en face, avec les projets en cours de discussion, d’une vision peut-être valable pour les Hauts de Seine avec ses 175 kms² et ses 36 communes, mais qui est totalement inadaptée à des départements comme le nôtre avec ses 594 communes, ses 35 cantons dont 17 sont plus vastes que les Hauts-de-Seine, celui de Mouthe atteignant à lui seul presque le double de la superficie du plus riche département de France.



