Paroles de climat : Loue Lison en transition est une série d’interviews qui explore les effets du changement climatique sur le secteur.
Sept sujets sont traités à travers le regard d’acteurs locaux qui partagent leurs constats, leurs analyses et leurs perceptions de l’avenir.
Ressort de ces témoignages variés une certitude, celle que le changement climatique marque d’ores et déjà le territoire de son empreinte.

La politique
Interview de Dominique Voynet, députée de la 2e circonscription du Doubs.
Au cours de cet entretien, nous évoquons notamment l’évolution de la perception de l’enjeu environnemental, les causes de la frilosité politique sur le sujet et le rôle des citoyens dans la lutte contre le changement climatique.

L’eau
Interview de Pierre Maire, président du Syndicat intercommunal des eaux du plateau d’Amancey.
Au cours de cet entretien, nous évoquons notamment l’état actuel de la ressource en eau sur le secteur, les effets des périodes de sécheresse allongées et les projets menés pour s’adapter à ces nouvelles conditions.

La biodiversité
Interviews d’Emmanuel Cretin, conservateur à la réserve naturelle nationale du ravin de Valbois, et d’Alicia Fèvre, stagiaire au CEN du ravin de Valbois.
Au cours de cet entretien, nous évoquons notamment les espèces locales menacées par l’évolution du climat, la métamorphose que pourrait connaître le Ravin de Valbois et ses environs, ainsi que les nombreuses inconnues qui subsistent quant à l’avenir de nos écosystèmes.

L’agriculture
Interviews de Timothé Maire, président de la Coopérative d’utilisation de matériel agricole (Cuma) du plateau d’Amancey, de Florian Guinchard, vice-président de la Cuma, et de Louis Menettrier, membre de la Cuma.
Au cours de cet entretien, nous évoquons notamment les conséquences déjà visibles du changement climatique sur l’agriculture locale, l’adaptation des exploitations à ce nouveau défi et le regard des agriculteurs sur l’avenir de la filière Comté.

La seconde main
Interview de Valérie Prost, gérante de la boutique Brocante et Décoration à Ornans.
Au cours de cet entretien, nous évoquons notamment l’importance de la modification des comportements de consommation, la santé de l’économie physique de la seconde main et les défis auxquels elle fait face.

L’éducation
Interview de Nathalie Jacquet-Morel, enseignante de CM1 à l’École Palmyr Uldéric Cordier d’Amancey.
Au cours de cet entretien, nous évoquons notamment le rôle de l’éducation climatique, ses différentes approches possibles et l’augmentation de l’éco-anxiété chez les jeunes.

Les feux de forêt
Interviews du capitaine Patrick Petitcolin, chef du centre de secours d’Amancey ainsi que du capitaine Yohann Sauget, conseiller technique en feux de forêt au SDIS 25.
Au cours de cet entretien, nous évoquons notamment l’augmentation du risque feu de forêt sur le secteur, la préparation des sapeurs-pompiers locaux pour y faire face et l’organisation concrète d’une intervention sur un départ de feu.

Dans le cadre de mon étude du territoire Loue-Lison sous le prisme du changement climatique, j’ai souhaité m’intéresser à l’évolution de la mission des pompiers et plus particulièrement, à la question des feux de forêt. Le massif du Jura, jusqu’alors relativement épargné, est aujourd’hui vulnérable à cette menace. À l’image de l’été 2022, où de grands incendies ont brûlé des centaines d’hectares en Bretagne, les feux majeurs ne sont plus cantonnés au sud de la France.
Pour mieux comprendre, le capitaine Yohann Sauget, conseiller technique en feux de forêt au SDIS 25, ainsi que le capitaine Patrick Petitcolin, chef de centre de la caserne d’Amancey et sapeur-pompier volontaire, ont accepté de répondre à mes questions.
En France, la superficie du territoire exposée à des conditions propices aux feux de forêt est 2,5 fois plus importante qu’il y a 60 ans, selon Météo-France. Quelles sont ces « conditions propices » et quel est l’impact du changement climatique sur celles-ci ?
Trois facteurs météorologiques ont une incidence majeure sur les feux de forêt : la chaleur, le vent et le taux d’humidité. Le risque est particulièrement élevé lorsque l’ensemble de ces conditions est réuni, une situation que nous appelons les « 3-30 ».
Les « 3-30 », c’est lorsque la température est de 30 °C minimum, la vitesse du vent de 30 km/h minimum, et le taux d’humidité inférieur ou égal à 30 %. Si ces trois facteurs sont réunis, alors la probabilité de départ de feu est élevée. Le changement climatique entraînant une augmentation des périodes de sécheresse, une hausse de la température moyenne et une régularité plus importante des épisodes de vent, l’alignement des différentes conditions est plus fréquent.
Enfin, il ne faut pas oublier les maladies qui touchent nos forêts et les rendent plus vulnérables aux flammes.
Comment évaluez-vous les risques au quotidien ?
Durant la saison des feux de forêt, l’anticipation et la gestion opérationnelle sont absolument cruciales. C’est l’une des missions du Centre opérationnel de Zone Est (COZ), basé à Metz. En saison feux de forêt, chaque département se réunit quotidiennement afin d’analyser les prévisions météorologiques du lendemain et des jours à venir et, ainsi, de prévoir les moyens humains et matériels qui seront ensuite mobilisés et répartis sur le territoire en fonction du niveau de risque. Dans le cas où certaines zones géographiques du Doubs seraient classées en zone sévère avec un risque élevé par exemple, de nombreuses équipes de sapeurs-pompiers se rendraient en caserne ou sur le terrain, prêtes à intervenir.
Cette nouvelle fragilité du secteur face aux feux de forêt implique une réorganisation des sapeurs-pompiers pour y faire face. Comment vous préparez-vous à ce nouveau danger ?
Nous avons mis l’accent sur la formation. Aujourd’hui, 450 sapeurs-pompiers sont formés aux feux de forêt dans le Doubs, contre 250 il y a 15 ans.
Le matériel a aussi été renforcé. Nous avons acquis deux camions-citernes feux de forêt (CCF), financés à 50 % par l’État, mais aussi des camions porteurs d’eau et des drones. Enfin, nous avons construit des partenariats avec des organismes tels que l’ONF, qui participe activement à la prévention des incendies, et la chambre d’agriculture, dont les agriculteurs peuvent nous aider en mettant à disposition des solutions de stockage d’eau.

Vous êtes déjà intervenus tous deux en renfort sur des feux de forêt dans d’autres régions : qu’avez-vous appris sur la façon dont ils se comportent et les moyens de les contrôler ?
En fonction du relief et du type de végétation, le feu peut se propager à une vitesse impressionnante. Un vent fort, une végétation friable, une pente ascendante, et l’incendie progresse de centaines, voire de milliers de mètres par heure. Face aux feux de forêt, la première mission des sapeurs-pompiers est toujours de protéger les points sensibles (habitations, campings, infrastructures…). Ensuite, nous attaquons le feu en resserrant ses flancs. Concrètement, les flammes avancent sous l’effet du vent et s’étendent latéralement.
Nous n’attaquons donc pas l’incendie de face mais par les côtés, afin de réduire progressivement sa surface jusqu’à son extinction complète. Dans certains cas, il est aussi possible de diriger le feu vers une zone qui ne peut pas brûler, comme un lac, une clairière ou des vignes, afin de stopper naturellement sa progression.
Projetons-nous dans un scénario. Imaginons que, demain, un feu de forêt se déclare sur le secteur Loue-Lison. Comment les pompiers organisent-ils leur intervention, qui intervient et avec quel matériel ?
Les sapeurs-pompiers du Doubs sont les premiers mobilisés. Les équipes spécialisées en feux de forêt interviennent directement contre le sinistre à l’aide de camions citernes dits C.C.F, au nombre d’une douzaine, et répartis sur tout le département (Amancey, Besançon, Pontarlier, Morteau, Montbéliard…).
Celles issues des casernes les plus proches arrivent les premières sur les lieux et agissent à proximité du départ de feu, tandis que les équipes issues des casernes plus éloignées se rendent là où l’incendie a poursuivi sa progression, selon les ordres du premier chef de groupe feu de forêt.
Dans le même temps, les sapeurs-pompiers non spécialistes assurent des missions de protection des habitants et de secours à personne. Si l’incendie le nécessite, nos autorités peuvent faire une demande au COZ Est de moyens terrestres et aériens nationaux comme un hélicoptère bombardier d’eau (HBE), des Canadairs (Pelicans) ou un Dash (Milan), utilisé pour larguer de l’eau ou du retardant. Les moyens terrestres (sapeurs-pompiers et véhicules) peuvent venir des autres départements : c’est le principe de solidarité nationale. La solidarité européenne existe également.
Au sein des sapeurs-pompiers du Doubs, nous partons nous-mêmes en renfort tous les ans en France pour participer à cette solidarité tout en acquérant des compétences et une expérience que nous mettons au profit de notre propre département.

Le changement climatique aura assurément d’autres conséquences sur le travail des pompiers. Quels types d’événements extrêmes sont susceptibles de se produire plus régulièrement sur le territoire ?
Oui, le département a notamment été touché par de violents épisodes de grêle ces dernières années, mobilisant les sapeurs-pompiers du Doubs et d’autres départements venus en renfort, toujours dans le cadre de la solidarité nationale. Le risque d’inondation est également particulièrement présent dans le département.



