Ce voile qui fait peur

Le 10 octobre dernier Julien Odoul, conseiller RN au Conseil régional de Bourgogne Franche-Comté s'en est pris sans filtre à une dame voilée. Elle accompagnait une sortie scolaire avec son enfant de 8 ans à Dijon...

Un collectif de quatre organisateurs s'est formé assez rapidement pour impulser le rassemblement qui a eu lieu le 16 octobre à Besançon. Parmi eux, celui qui se fait appeler « Toufik de Planoise ». Il nous a confirmé vouloir devancer les partis politiques qui pouvaient avoir des intentions électoralistes.

La manifestation paraît sans fin, y compris dans la lutte contre l'ostracisme communautaire. Si ces combats doivent revenir, c'est parce que les idées préconçues restent longtemps indicibles et que les règles ne peuvent être immuables. Le climat ancien et récurrent qui entoure la question du voile est le contexte qui a impulsé le rassemblement du 16 octobre.

EN IRAN DES FEMMES SE BATTENT CONTRE LE PORT DU VOILE

Tandis qu'en Iran, depuis décembre 2018 des femmes s'élèvent contre l'obligation de porter le voile, la liberté du "totem" musulman fait à nouveau débat en France. Les tergiversations rappelant l'émoi qu'avait suscité la loi sur le port du tchador en 2004. Les propos de Manuel Valls en 2016 avaient eux aussi frappé fort.
Plus largement, des intellectuels dits de gauche eux-mêmes épandent des provocations comme, récemment encore, le détournement d'une campagne d'une fédération de parents d'élèves (le FCPE) qui devait promouvoir la tolérance à l'égard des femmes voilées.

Faire la litanie de l'islamophobie finit par la banaliser. "Même si l'attitude de Julien Odoul est vraiment choquante et inacceptable, je ne suis pas surprise", admet Kachmine, habitante du quartier de Planoise à Besançon, musulmane originaire de Mayotte. Elle déplore le glissement vers une normalité de quelque chose qui ne devrait pas être normal.

FAIRE DES CHOIX CONSCIENTS ET ÉCLAIRÉS

Pour les organisateurs du rassemblement du 16 octobre, l'objectif n'était pas de convaincre la droite réactionnaire, laquelle ne saurait changer ses positions. Le vrai message s'adresse au reste de la société, plus hésitante. "Le problème vient d'une frange de la gauche qui se tâte, où des personnalités se disent prêtes à établir des compromis, modifier les lois", précise le blogueur Toufik de Planoise.
Ceux qui alertent n'entendent pas laisser doucement entériner des cautions radicales au prétexte souvent galvaudé de la laïcité.

Le rejet formel de l'Islam se maquille sous un conservatisme de la prétendue histoire traditionnelle de la France.
L'Histoire suggèrerait par défaut que la chrétienté demeure un fondement... cela surpasserait donc la fameuse loi de 1905 applicable à d'autres communautés, en latence aux seuls Musulmans.

Kachmine ne parvient à comprendre qui peut être dérangé par le fait que des personnes portent un voile. La jeune femme a le sentiment d'être stigmatisée dans son identité. Alors une manifestation comme celle du 16 octobre la rassure au moins sur l'impression d'être moins seule à faire valoir son droit. Elle se sent soutenue. Toutefois elle aborde le thème avec lucidité. "Personnellement je ne reçois pas d'insultes directes, mais il y a les remarques intrusives ou les mauvais regards", concède notre interlocutrice.
Dans le cas présent, aux frontières de la laïcité il y a les libertés individuelles.
Le blogueur de Planoise est profondément laïciste et considère que "la foi ne devrait pas avoir voix au chapitre dans l'espace public". De son côté, Kachmine estime être dans son droit tout en admettant la loi qui réfute un signe religieux dans les lieux publics.

Le blogueur renvoie dos à dos les moralisateurs "issus plutôt des beaux quartiers" et « les salafistes au-devant de qui les bienpensants ne vont jamais". Le cadre de la loi est sans doute perfectible. Mais l'intérêt ne convient en aucun cas de lâcher le sujet aux extrémistes. "Ça ne créerait que confusion et malaise général", démontre-t-il. Kachmine quant à elle ne voit pas le mal partout. Elle constate qu'à Planoise par exemple, le pluriculturalisme cohabite bien. Elle-même devenue bisontine depuis son enfance s'en remet à son intégrité afin de ne pas culpabiliser pour le voile qui couvre ses cheveux.

Fred D Rico

le 01 novembre, 2019
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