L’«Absinthe de Pontarlier» protégée par le label d'indication géographique de l'Europe

L'Association de Défense de l’Absinthe de Pontarlier avait déposé une demande de protection de l'appellation «ABSINTHE DE PONTARLIER» au niveau européen...

C'est chose faite, la publication au Journal officiel ce lundi 19 août valide l'appartenance de l'absinthe de Pontarlier à la catégorie «Autres boissons spiritueuses» du règlement de la Commission Européenne.
L’indication géographique nationale «Absinthe de Pontarlier», avait été publiée au Journal officiel de la République française le 19 juillet 2013.

Tout savoir sur l'absinthe :

L’«Absinthe de Pontarlier» est un spiritueux de couleur jaune pâle tirant sur le vert, limpide et ne présentant aucun dépôt. Additionné d’eau à la consommation, il prend une teinte opaline rappelant celle de l’ivoire et présente un trouble qui le rend opaque. Elle est caractérisée par des arômes qui rappellent la grande absinthe (Artemisia absinthium L.). Ces arômes sont prépondérants par rapport à ceux des autres plantes entrant dans la fabrication de l’ «Absinthe de Pontarlier».

Si le produit est élevé sous bois plusieurs mois la couleur devient un peu plus foncée et dorée, le goût d’anis s’estompe au bénéfice de celui de l’absinthe et le produit s’adoucit.

Lors de la mise en marché à destination du consommateur, le spiritueux contient au moins 20 milligrammes de thuyone par litre de spiritueux. Son titre alcoométrique volumique est supérieur ou égal à 45 %.

La zone géographique concernée :

La culture et le séchage de la grande absinthe, les opérations de macération des plantes, de distillation du macérat, d’élaboration de la boisson spiritueuse ainsi que sa mise en bouteille sont réalisées sur les communes suivantes du département du Doubs : Arçon, Bannans, Bonnevaux, Boujailles, Bouverans, Bulle, Chaffois, Chapelle d’Huin, La Cluse-et-Mijoux, Courvières, Dommartin, Dompierre-les-Tilleuls, Doubs, Frasne, Granges-Narboz, Houtaud, Pontarlier, La Rivière-Drugeon, Sainte-Colombe, Vuillecin.

 

La culture de la grande absinthe :

Aucun engrais ni désherbant n’est autorisé.

Le séchage de la grande absinthe : 

Le séchage est réalisé naturellement sans soufflerie, ni ventilation mécanique. Les plantes ne doivent pas être exposées au rayonnement solaire.

La macération :

Les différentes plantes et graines entrant dans la distillation du spiritueux sont mises à macérer dans de l’alcool éthylique d’origine agricole et de l’eau.

Les différentes plantes entrant dans la coloration du spiritueux sont mises à macérer sur un support alcoolique.

L’utilisation d’extraits de plantes (y compris naturels) est interdite.

Le mélange à macérer pour la distillation comprend obligatoirement la grande absinthe (Artemisia absinthium L.) et l’anis vert (Pimpinella anisum) en grains.

L’infusion de coloration comprend obligatoirement la petite absinthe (Artemisia pontica) et l’hysope (Hyssopus officinalis).

La mélisse (Melissa officinalis), le fenouil commun (Foeniculum vulgare) et la menthe (Mentha spp.) sont autorisés dans la limite maximale totale de 5 kilogrammes par hectolitre d’alcool pur de macérat.

D’autres plantes aromatiques, à l’exception de la badiane (ou anis étoilé) qui est formellement interdite, sont autorisées dans la limite maximale totale de 1 kilogramme par hectolitre d’alcool pur de macérat.


La distillation :

La distillation de la grande absinthe et de l’anis vert est obligatoire.

Les alambics sont obligatoirement en cuivre. Ils présentent une capacité unitaire maximum de 3 000 litres.

La distillation peut comprendre plusieurs passes successives. 

 

La coloration : 

La coloration est obligatoire. Elle est effectuée exclusivement par ajout au distillat

 

L’élaboration : 

L’augmentation du titre alcoométrique volumique, notamment par adjonction d’alcool éthylique d’origine agricole est interdite après la distillation.

Le spiritueux peut être édulcoré dans la limite maximale exprimée en sucre inverti de 35 grammes par litre de produit fini.

Le spiritueux peut être vieilli sous bois. La mention du vieillissement ne peut figurer sur l’étiquette que si l’élevage sous bois dure au moins 6 mois dans des récipients en chêne d’une capacité unitaire maximum de 600 litres. La durée minimale définie ci-dessus est réalisée sans interruption, à l’exception des manipulations nécessaires à l’élaboration des produits.

La réduction, le cas échéant le vieillissement et la mise en bouteille sont réalisés sur le même site que la distillation afin de permettre la vérification par le contrôle renforcé des caractéristiques analytiques et organoleptiques des produits conditionnés, de leur conformité au présent cahier des charges.

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L'HISTOIRE !
un savoir-faire deux fois centenaire

Au XVIIIe siècle, la présence de l’élixir d’Absinthe est attestée par de nombreux textes dans la région de Pontarlier, notamment pour ses vertus médicinales.

Le major DUBIED transfère sa production du Val-de-Travers, de l’autre côté de la frontière suisse, à Pontarlier le 14 février 1805. À partir de cette date, le nombre de distilleries n’a cessé de s’accroître, à Pontarlier et dans ses environs, en suivant l’augmentation de la consommation d’Absinthe. On y compte au début du XXe siècle 25 distilleries. Au total, l’industrie de l’absinthe emploie en 1907 plus de 3 000 personnes sur l’arrondissement. En 1914, la production journalière est de 66 000 litres. Avec un peu moins du tiers de la production nationale, Pontarlier était la capitale de l’Absinthe

Dès la première moitié du XIXe siècle, l’Absinthe de Pontarlier a été exportée dans le monde entier (Afrique, Amérique, Chine, etc.). Le monde artistique parisien de l’époque participe très activement à l’engouement dont l’absinthe fait l’objet.

Avec le succès apparaissent de très nombreuses contrefaçons qui engorgent le marché. Il s’agit d’absinthes de médiocre qualité, non distillées, produites en masse à partir de macération de plantes dans un alcool non rectifié ou d’utilisation d’essences. De tels breuvages contenaient de nombreux constituants nocifs, qui provenaient autant de l’alcool que des huiles lourdes contenues dans les essences. C’est pour préserver l’image de l’absinthe — menacée par ces produits — et pour exploiter la renommée de l’Absinthe fabriquée à Pontarlier que les 25 liquoristes de la région s’efforcèrent de mettre en valeur l’origine de leurs absinthes en indiquant sur chaque étiquette systématiquement, à partir de 1905, la mention «Pontarlier».

En 1908, Edmond COULEUR, procureur de la République, rédigeait un rapport à la demande du Parlement intitulé: «Au pays de l’absinthe» (Éditions Société Anonyme d’imprimerie Montbéliardaise). Dans ce document il démontre les origines de la fabrication de l’absinthe, et démontre le lien historique, unique et indéfectible de cette boisson avec Pontarlier.

Les innombrables étiquettes des marques qui associent «Absinthe» et «Pontarlier» répertoriées notamment dans les très nombreux ouvrages écrits par Marie-Claude DELAHAYE («L’absinthe», «L’absinthe, art et histoire», «Promenades autour de l’Absinthe», etc.) (Musée de l’Absinthe, 95430 Auvers-sur-Oise) attestent de la réputation ancienne de l’ «Absinthe de Pontarlier».

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les plantes d’absinthe du Haut-Doubs fournissent des distilleries dans toute la France.

Le savoir-faire et les méthodes ont perduré pendant la période de prohibition de l’«Absinthe» grâce à la production de boissons anisées qui reprenaient les procédés et matériels utilisés avant 1915 pour la production d’«Absinthe».

Contrairement au pastis, qui est un mélange d’alcool et d’extraits d’anis et de réglisse, la boisson anisée élaborée à Pontarlier depuis 1921 est un anis distillé (produit par redistillation d’alcool neutre en présence d’anis) fabriqué à base d’anis vert. Pendant cette période au moins trois marques d’anis distillé à Pontarlier faisaient référence sur leur étiquette à leur provenance «Pontarlier». Cette boisson anisée, couramment appelée «Pont», est produite à Pontarlier dans les mêmes locaux, avec les mêmes matériels et selon les mêmes méthodes que l’«Absinthe» produite avant 1915. Seule la «recette» avait dû être modifiée en retirant l’absinthe et les plantes colorant en vert car la législation de 1921 imposait alors aux boissons anisées de ne pas contenir d’absinthe et de ne pas être de couleur verte. Cet anis distillé est toujours produit à Pontarlier.

On assiste dans la région de Pontarlier, depuis 1988, année où les boissons spiritueuses à base d’absinthe furent à nouveau autorisées, à une renaissance de la production de la plante et de l’élaboration de cette boisson spiritueuse, suivant ces traditions ininterrompues.

Chaque année, depuis 2002, se déroule à Pontarlier pendant les «Absinthiades», grande manifestation culturelle consacrée à l’absinthe, un concours qui rassemble toutes les «absinthes» mondiales (anglaises, suisses, tchèques, allemandes, etc.) commercialisées en France. Entre 2002 et 2014 les «Absinthe de Pontarlier» ont obtenu 13 médailles d’or, 6 d’argent et 6 de bronze.

Depuis 2012, l’absinthe concoure dans une catégorie spécifique lors du Concours général agricole de Paris. Entre 2012 et 2015 les «Absinthe de Pontarlier» y ont obtenues 5 médailles d’or, 1 d’argent et 1 de bronze.

En 2009 s’est créée la «Route de l’absinthe» qui relie Pontarlier en France au Val-de-Travers en Suisse, matérialisant le berceau historique de l’«Absinthe».

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QUIZZ :

En 2011, après 96 années d’interdiction, la mythique absinthe coule à nouveau dans les distilleries de Pontarlier. Servie à l’apéritif, cuisinée dans des gâteaux, chocolats, glaces et même cancoillotes, l’absinthe a rapidement récupéré sa popularité d’autrefois.

Quel est le surnom de l’absinthe ?

La Fée verte. 

Le saviez-vous ?

L’absinthe, accusée d’alimenter la folie de certains consommateurs, a été interdite en Suisse de 1910 à 2005 et en France de 1915 à 2011.

Une Route de l’Absinthe en son honneur

LA ROUTE DE L'ABSINTHE

De Pontarlier à Val-de-Travers (Suisse), la Route de l’Absinthe relie sur 48 kilomètres l’ensemble des sites agricoles, culturels, industriels, historiques et touristiques liés à l’absinthe. A découvrir de part et d’autre de la frontière : distilleries, champs de culture, séchoirs, musées, restauration, littérature, céramique et manifestations, comme les Absinthiades d’octobre 2019 à Pontarlier.
www.routedelabsinthe.com

Le retour des Absinthiades
Dates : 5 et 6 octobre 2019
Lieu : Théâtre Bernard Blier, rue de la Halle 25300 PONTARLIER
Tarif : 4€

Pontarlier a été, de 1805 à 1910, la capitale économique mondiale de l’absinthe. Les Amis du musée de Pontarlier organisent le premier week-end d’octobre les Absinthiades afin de la mettre à l’honneur pour une 19ème édition. Une plongée dans l'ambiance mythique de la fée verte... où plusieurs milliers d’artémisophiles sont attendus.
www.admdp.com/absinthiades-pontarlier-amis-musee.php

Tout savoir sur l’absinthe

Origine : régions tempérées de l'Asie, de l'Europe et d'Afrique du Nord

Période de floraison : de juillet à octobre

Couleur des fleurs :  jaune 

Type de plante : aromatique (substances dangereuses)

Hauteur : jusqu'à 1m, étalement important

Pour cultiver votre absinthe

Exposition :  plein soleil 

Type de sol : riche en humus, bien drainé

Acidité du sol : neutre

Humidité du sol : normal

Utilisation : potager, massif

Plantation, rempotage : printemps, automne

La grande absinthe

Le parfum de la grande absinthe est plus délicat et concentré dans les contrées où le climat et le sol sont moins favorables à sa croissance.
Le Haut-Doubs a toujours été réputé pour la culture des plantes aromatiques. Les effets de continentalité et du relief, juste assez prononcés pour révéler les parfums, mais également juste assez effacés pour permettre une croissance idéale de la plante, s’y affirment avec un équilibre sans pareil. Pour l’absinthe en particulier, le Haut-Doubs réunit miraculeusement les trois facteurs principaux permettant à la fois la croissance et la qualité gustative de la plante: l’altitude, la continentalité et la faible profondeur du sol. L’usage très ancien que l’on a fait de la plante dans la région porte d’ailleurs à croire qu’elle y est indigène.

Un détail climatique a également son importance vis-à-vis des pratiques de culture: le fléchissement singulier des précipitations pendant le mois de juillet correspond exactement à la période de récolte de l’absinthe qui nécessite un temps sec.
Les plantes d’absinthe cultivées et séchées dans l’aire délimitée selon les méthodes décrites plus haut, présentent une concentration en huiles essentielles qui apporte au spiritueux un parfum d’une intensité et d’une fraîcheur incomparables.

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le 19 août, 2019
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