Prostitution, l’écho des failles sociales !

“On gagne de l’argent mais à quel prix ?” témoignait une prostituée*. Le prix du déni, de l’exclusion sociale, de la soumission, de l’instrumentalisation du sexe, de la souffrance morale et physique ! Loin des stéréotypes véhiculés par la société, la prostitution n’est pas une partie de plaisir, comme nous le rappelle Mme Annie Commerson, ancienne Présidente de l’association départementale “le Mouvement du Nid”(Besançon), qui œuvre auprès des personnes prostituées tout en prenant acte des évolutions du phénomène, à plus grande échelle...

 


Connaissant ce monde depuis plus de 10 ans, cette bénévole tient à signaler que des mouvances préoccupantes stigmatisent, encore plus, la prostitution aujourd’hui.

La faute à qui ? “A la société de consommation” tout d’abord, selon Mme Commerson, analysant la situation : “La prostitution n’est plus simplement qu’un acte de survie !  Dans tous les cas, le problème c’est l’argent ! L’argent devient une drogue ! Des personnes se prostituent pour finir le mois, d’autres sont sous le joug de proxénètes, de réseaux internationaux et doivent payer, d’autres se vengent et font “payer”, au sens propre comme au sens figuré, leurs “clients” des violences qu’elles auront subies dans leur enfance, elles reproduisent l’acte sexuelle en le dissociant des sentiments.
Certains jeunes hommes se prostituent pour avoir plus de biens. Ceux-ci directement subissent la société de consommation” .
La prostitution évolue et il est bien difficile d’en peindre un portrait représentatif !

Deuxièmement, la loi Sarkozy (mars 2003) renforcerait le caractère caché de la pratique prostitutionnelle, alors qu’elle tente de l’endiguer complètement en exterminant les réseaux de proxénètes. “Les personnes prostituées se cachent pour éviter l’amende, protéger les proxénètes. On voit moins de Françaises sur les trottoirs, mais… il y a une recrudescence de prostituées étrangères, dépendantes de réseaux. La langue et la culture sont des barrières supplémentaires pour prendre contact avec elles, ça les isole encore plus. Et il y a tous ceux que l’on ne voit pas” ! En revanche, Mme Commerson reconnaît le bien fondé de cette politique (qui refuse de légaliser la prostitution tout en combattant fermement le proxénétisme). “Un réseau est tombé en Saône-et-Loire dernièrement. La Coordination Française pour le Lobby Européen des Femmes a lancé une pétition contre la Municipalité d’Athènes, qui appelle 20 000 personnes prostituées supplémentaires pour les Jeux Olympiques, afin de répondre aux attentes des athlètes et des touristes”. La France fait encore exception car certains pays (Grèce, l’Espagne, Pays-Bas) encadrent et réglementent la prostitution, comme un travail “avec des travailleuses du sexe, des employeurs. Les bordels, c’est de l’abattage, une prostituée peut faire jusqu’à 100 passes par jour” souligne Mme Commerson ! Ces dernières politiques dîtes réglementaristes favoriseraient l’existence des Marchés du sexe, des réseaux de prostitution internationaux…
Troisièmement et pour ne rien arranger, “les DVD, K7, revues pornos, sites Internet spécialisés, Sex-centers, véhiculeraient l’image de la liberté revendiquée dans l’acte sexuel, en tant que tel ! Avec un cortège d’actes dépourvu de sentiments ! L’acte est fantasmé avec une prostituée car c’est tarifé, tout paraît possible, les limites sont sans cesse repoussées. Les filles parlent de demandes de plus en plus Hard de la part des clients !”
“Une personne prostituée est un corps abîmé*”, elle a du mal à réintégrer la société ! L’association sert de tremplin mais les bénévoles sont encore trop peu nombreux pour réparer les blessures de ce milieu “où la personne (femme, homme, enfant) est considérée comme une valeur marchande et non comme une personne morale*”.

Contact : Le Mouvement du Nid au 10 rue Renan,
25000 Besançon.
Tél. 03 81 83 02 03

* Propos tirés de la revue trimestrielle,
Prostitution et Société, n°13, 2001.
Aline Prévitali
le 01 septembre, 2004
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