Le tatouage, un bijou sur la peau

Le Body Art, ou Art Corporel, ne date pas d’hier, loin s’en faut. Depuis des milliers d’années, de l’époque des peuplades tribales à nos jours, l’homme n’a cessé de modifier son corps originel : pour des raisons esthétiques, symboliques, traditionnelles ou encore revendicatives.

 

Ce sont des arts protéiformes tels que la scarification, le branding, le piercing et bien sûr le tatouage, selon que l’on se trouve sur un coin du globe ou un autre. Bien que souvent associé aux personnes de mauvaises fréquentations il y a quelques décennies, ce bijou sur peau tend à faire un retour en force, touchant autant filles que garçons, ados qu’adultes. Ne faut-il y voir là qu’un phénomène de mode ou plutôt un profond changement des mentalités et des individualités. D’une certaine façon, ces personnes veulent et cherchent par ce ou ces biais à s’affranchir d’une conformité trop lourde et à se réapproprier leurs corps, à l’heure où la cybernétique est en passe de nous dévorer tout cru ? J’ai voulu en discuter avec Cédric Gyger tatoueur, pierceur et propriétaire du salon "Karma’z Needles Tattoo" à Besançon.
La passion de Cédric pour le tatouage lui est venue très précocement : " La première fois que j’ai kiffé sur le tattoo, j’avais 6 ans. Je m’étais fait un dragon sur le bras en le dessinant sur un calque et j’avais réussi à me le coller par transfert. A 8 ans, j’ai essayé pour de vrai dans la paume de la main mais lorsque ma mère l’a découvert, j’ai du l’enlever fissa à la pierre ponce. Puis c’est complètement sorti de ma vie. A 18 ans j’ai vraiment franchi le pas et me suis fait tatouer. Puis je me suis intéressé au piercing, que je pratique depuis un certain temps, mais dans ce domaine, j’ai trouvé que le corps avait ses limites ".
Étant enfant, Cédric dessinait beaucoup et, l’adolescence aidant, il laissa son don inné pour cette discipline entre guillemets avant de s’y atteler plus sérieusement grâce à sa passion pour le tatouage. Il s’est mis à prendre des cours de peinture qu’il suit toujours : " Je n’avais aucune formation et de grosses lacunes en dessin. C’est un travail de tous les jours. Je progresse. Les cours permettent une approche totalement différente qui se retranscrit parfois dans les motifs que je crée. "
A ce jour, il n’existe aucune école d’apprentissage du tatouage, du piercing ou de n’importe quelle forme de Body Art, parce que cela signifierait une gestion de l’État qui continue de rester muet face aux doléances des tatoueurs et de leurs confrères en tous genres. Par contre, il y a des gens qui prodiguent des pseudos formations " mais bon, cela vaut ce que cela vaut… C’est déjà très cher et on ne peut rien apprendre en une dizaine de jours. Peut-être un stage en stérilisation et encore sans pratique ! "
Attention ! Ced ne plaisante pas lorsqu’il s’agit d’évoquer le rôle prépondérant de l’hygiène, surtout pour sa profession. Il est d’ailleurs adhérent du Syndicat National des Artistes tatoueurs (voir www.s-n-a-t.org) dont le rôle est d’instruire sur les méthodes de travail : " Tout le protocole de préparation y est expliqué afin qu’il n’y ait aucune bactérie, ni problème de contamination par le sang. Ce n’est pas complexe lorsque l’on respecte l’ordre pour effectuer les opérations. Il faut les suivre tout bêtement, ensuite cela devient un automatisme. Si on met des gants, ce n’est pas pour rien ! C’est pour la sécurité du client bien sûr… mais aussi pour nous ! En outre, lorsque l’on est inscrit à ce Syndicat, obligation est de s’engager à respecter une charte qui n’est finalement pas formelle mais dont les politiques et les autorités sanitaires ne tiennent aucun compte. Il serait vraiment temps de statuer et de définir des règles. N’importe qui peu devenir tatoueur, pierceur ou autre mais nous n’avons aucune reconnaissance. "

Après avoir évoqué ce sujet aussi épineux que capital pour tous, venons-en à des questions plus légères. Quels sont les endroits de prédilections des femmes pour se faire "encrer" ? " Elles demandent souvent un tatouage sur le haut des fesses. Des motifs symétriques qui mettent en valeur la chute des reins. Ce sont surtout des formes qui ressemblent à des arabesques style tribal ou fer forgé ou des lignes noires avec l’intérieur en bleu, en rouge. Certaines rajoutent des fleurs aussi. En fait, c’est assez ornemental. " Ah ! Que ne ferait pas le beau sexe pour ressembler à une Vénus callipyge ? " Chez les hommes, on me demande surtout des tattoos sur les bras avec des traits modulés : plus gros, plus fins et plus de couleurs car la palette est devenue au fil de l’aiguille du temps très large. Et si l’on mélange les deux sexes, ce qui revient le plus souvent en piercing c’est la langue. Mais, le piercing du nombril est très demandé par les femmes et l’arcade sourcilière chez les hommes. Le tour des lèvres dit "labret" marche aussi pas mal. Cela fonctionne par période et socialement on l’accepte mieux. " Karma’Z Needles signifie "Karma des Aiguilles", " …parce que le tattoo change la vie. Quand on s’inscrit un tatouage, on se tatoue aussi le cerveau. Il ne faut pas "s’encrer" les mauvais éléments de sa vie. Le fond est plus important que l’image car cette dernière représente ce que le regard des autres perçoit. La symbolique du tattoo est primordiale pour son porteur, on le fait pour soi, non pour les autres. Avant de vous tatouer, allez visiter les tatoueurs, posez des questions, observez les photos de leurs travaux et prenez le temps…"

Contact : Karma’Z. Needles Tattoo 100 rue Battant, 1er étage 25000 Besançon
Tél : 03 81 82 89 36
www.kzntat2.fr.st
Jérome Colantuono
le 01 janvier, 2005
Connectez-vous pour commenter