Richard Bohringer "L’ultime conviction du désir"

Richard Bohringer nous ouvre son album photo, celui de sa vie. Véritable carnet de voyage, sans dessus-dessous, à partir duquel il saisit le temps qui passe. Le classement aléatoire de sa pensée, ses souvenirs, ses coups de gueule, ses aveux s’articulent sous son écriture tranchante et courte. Nous l'avons rencontré à la Librairie l'Intranquille à Pontarlier lors de la séance dédicace de son dernier livre...

Villages fm : Nous sommes en direct de la librairie l'Intranquille à Pontarlier ou vous dédicacez votre dernier livre "L'ultime conviction du désir". Mais avant tout, vous avez dormi hier soir à Besançon. Un petit mot sur la Franche-Comté.
Richard Bohringer : Sublime. Je trouve que les villes sont magnifiques. J'ai été gâté par le temps. J'ai fait la route entre Besançon et Pontarlier et la nature est absolument magnifique. Il y a eu de très beaux instants dans le paysage.

Villages fm : Dans votre livre, vous nous racontez votre passion de la vie : la vie elle-même à travers le voyage. L'Afrique, l'Islande, Cuba….qu'avez vous découvert à travers ces nouveaux horizons ?
Richard Bohringer : Qu'est ce que j'ai découvert ? Je ne sais pas quoi vous dire…je vis les choses, j'ai découvert des humains, des peuples des histoires.

Villages fm : L'Afrique prend une place considérable dans ce livre, et dans votre vie. Afrique mère nourricière, Afrique berceau de l'humanité. Comment s'est nourri ce lien avec ce continent.
Richard Bohringer : Comme tous les liens se créent, avec beaucoup d'inconnus. Pourquoi cet femme aime cet homme que personne n'aime ? Pourquoi cet homme aime cette femme dont tout le monde lui dit que c'est une garce…c'est pareil c'est la même chose, c'est aussi simple que ça. C'est l'amour c'est tout…c'est un besoin, un besoin, un besoin. Et j'en ai trouvé des formes généreuses et palpitantes en Afrique. Enfin en Afrique, quelque part, ailleurs, ailleurs…toujours ailleurs.

Villages fm : Mais il y a un attachement particulier avec l'Afrique. Le fait que vous ayez fait la demande de la nationalité sénégalaise démontre votre enracinement dans ce pays-là ?
Richard Bohringer : Evidemment que ça veut dire ça, bien sur. Mais en ça non plus je n'ai pas grand-chose à expliquer. C'est comment on vit les choses. Qu'est ce que je suis moi ? Je suis mystique, je suis allumé, j'aime les gens, je trouve que la vie est difficile déjà ici pour les êtres et que moi j'ai eu beaucoup de chance, ainsi de suite. Des choses vraiment simples, presque bateau d'ailleurs par rapport a un certain cynisme.

Villages fm : L'écriture, le cinéma, la musique …ce sont autant de moyens de dire ?
Richard Bohringer : Il ne faut pas mélanger le cinéma avec l'écriture ou la musique : ça n'a rien à voir. Je sais pas, je fais les choses parce que j'en reçois le besoin, parce que j'ai envie de le faire. Je parcours le monde, je visite le monde, je visite ma vie, je visite la vie des autres. Voilà, c'est aussi simple.

Villages fm : Beaucoup d'hommes visitent le monde mais ne ressentent pas ce besoin d'exprimer les choses vécues.
Richard Bohringer : Moi c'est comme ça. Ce n'est pas de l'originalité dans le sens où je n'ai pas le choix. Les choses s'imposent à moi. Ma nature poétique, romanesque et enchantée fait que je trouve où que j'aille des traces humaines.

Villages fm : C'est très simple mais quand on vous lit, c'est un véritable témoignage d'humanité.
Richard Bohringer : Oui, bien sûr mais rien n'est fait sans douleur. Mais par rapport à la douleur fondamentale de certains peuples, des trois quart du monde d'ailleurs, c'est presque rien. J'ai eu des étonnements invraisemblables, j'ai rencontré des gens qui….Un jour, je me souviens d'un ami il y a fort longtemps qui tenait un petit business au bord du fleuve à la frontière du Ghana et il avait 5 enfants. Sa femme accouche une sixième fois et le bébé meurt. J'arrive le matin au petit business et je vois mon ami africain tellement triste. Je lui dis "qu'est ce qui s'est passé ?" et il m'explique. Je suis allé voir la petite maman, sa femme, et lui ai fait un câlin. Elle pleurait. Et je rencontre des lascars qui étaient en vacances. "Oh, ils m'ont dit, ils en ont tellement des bébés, sérieusement !". J'étais tombé dans l'ignominie humaine. Ca veut dire des gens qui pensaient qu'un nègre n'avait pas de chagrin, qu'un nègre oubliait que l'enfant était mort. J'ai été obligé de lui expliquer des choses. Que les mamans africaines elles étaient comme sa mère à lui, que perdre un enfant c'était un tragédie même s’il n'y avait pas à manger, même s’il n'y avait rien. Que le papa était très triste aussi, même s’il était musulman. Quand j'ai vu ça, quand j'ai vu d'autres choses, je me suis dit : "Je serai de côté-là. J'y suis déjà mais je vais y rester jusqu'à mon dernier souffle". C'est tout, c'est aussi simple que ça. "

" La vie sera toujours comme un grand amour inachevé. Une douleur intense de la perdre comme l'odeur de la femme aimée. Mais toi, aime-la cette vie. Casse lui la gueule. Bouleverse-toi d'elle. Elle te donnera des ailes. Et tu voleras comme le cormoran argenté."
L' ultime conviction du désir, Richard Bohringer, Flammarion.
Laura Franco
le 01 août, 2005
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