Exorciste de Besançon

Nous vivons aujourd’hui dans une société rationnelle et technique où la foi est reléguée parmi les chimères. L’ésotérisme et la magie évincent la croyance en Dieu. Les jeunes qui peinent souvent à faire la différence entre le bien et le mal, ce qu’appelaient les anciens le combat spirituel, ont besoin d’une spiritualité authentique. Ils ne sont pas les seuls à nécessiter d’une aide religieuse comme en témoigne le Père Max de Wasseige, supérieur de la Communauté de la Chapelle des Buis et exorciste à Besançon. Confession...

 

Le Mag : Mon Père, vous êtes, exorciste depuis 11 ans. Comment pourriez-vous présenter votre fonction ?
Père de Wasseige : J’ai été appelé par l’Archevêque du Diocèse à recevoir toute une catégorie de personnes qui se croit à tort ou à raison envoûtée, endiablée ou qui est en tout cas très angoissée par rapport à des phénomènes qui ne s’expliquent pas toujours.

Le Mag : Pour devenir exorciste, vous avez suivi une formation ?
Père de Wasseige : Nous avons des formations soit à Paris soit à Lyon, en général une fois par an où nous recevons toutes sortes de personnes compétentes dans le domaine : psychologues, théologiens, exégètes qui réfléchissent surtout au problème du mal et du Malin avec un grand ‘’m’’. Ils viennent apporter leur enseignement. Nous sommes environs une centaine et réfléchissons un peu à tous ces problèmes que pose notre fonction d’exorciste.

Le Mag : Les personnes qui requièrent votre aide sont de toutes les catégories sociales ?
Père de Wasseige : Je suis très étonné de toutes ces catégories qui viennent. Des gitans aux chauffeurs de poids lourds en passant par les personnes âgées et jusqu’aux médecins ou directeurs d’entreprises qui rencontrent des ennuis dans leurs structures et qui se demandent s’il n’y a pas quelqu’un qui envoûte ou perturbe le bon déroulement de leurs activités.

Le Mag : Comment peut se manifester la présence du Malin ?
Père de Wasseige : C’est une terrible question. Je ne l’ai jamais rencontré. Beaucoup de personnes m’en ont parlé. Elles m’ont affirmé avoir senti la présence du Diable. Certaines me l’ont même décrit. Un être avec des cornes, des dents qui ricane.

Le Mag : Toutes les descriptions données se recoupent ?
Père de Wasseige : Non. Elles sont très différentes. Une personne peut aller jusqu’à me dire : ‘‘Le Diable m’a violée’’. C’est assez hallucinant. Ma lecture de cela c’est les descriptions qu’ils ont eu soit dans des livres soit au catéchisme dans leur enfance.

Le Mag : Les personnes qui vous sollicitent sont-elles toutes chrétiennes ?
Père de Wasseige : Je reçois évidemment des personnes qui sont chrétiennes et d’autres qui le sont pas. Les gens me disent parfois être agnostiques, mais croire au Diable. Je reçois également des musulmans qui m’interrogent sur des phénomènes incompréhensibles pour eux. Des gens de toutes les religions donc. On m’appelle parfois dans des maisons endiablées où les personnes voient un petit homme noir qui circule ou bien parce qu’il y a des bruits, des présences et certains reçoivent des menaces de mort. Pour ma part, je n’ai jamais rencontré le Diable.

Le Mag : Avez-vous déjà exorcisé une personne possédée par le mal ?
Père de Wasseige : Non. Les exorcistes que j’ai rencontré m’ont affirmés qu’eux non plus ne l’ont jamais fait. Il est vrai que j’ai remplacé un exorciste capucin, le Père Mathieu, qui disait et écrivait qu’il rencontrait le Diable tous les jours. Il faisait des exorcismes théâtraux. J’ai rencontré les personnes qu’il exorcisait. Il s’agit de personnes qui avaient plus besoin d’un suivi psychiatrique. Ce brave Père Mathieu, paix à son âme, faisait tout de même des dégâts. Et la première chose que m’a demandé l’Archevêque lorsqu’il a souhaité que je devienne exorciste : ‘‘ Ne travailles pas comme le Père Mathieu !’’ C’est pour cela que je me suis entouré de personnes avec qui je peux discuter de toutes ces questions.

Le Mag : Lorsque l’on est croyant, on estime que Dieu est tout puissant et que le bien l’emporte toujours sur le mal.
Père de Wasseige : Ça c’est ma théologie, toute ma croyance et c’est pour cela que je dis aux gens : ‘‘ Pourquoi êtes-vous si effrayé ?’’. Prier est une carapace et les flèches de l’ennemi ne peuvent m’atteindre, comme dit Saint-Paul.

Le Mag : Dieu a fait l’homme à son image en lui accordant la liberté de choisir entre le bien du mal. L’homme a donc abusé de ce privilège ?
Père de Wasseige : L’homme a effectivement abusé de ce privilège. De génération en génération on est entré dans un engrenage d’égoïsme et d’orgueil. Quand on voit tout ce qui se passe dans le monde on constate la place grandissante que prend le mal, tout particulièrement chez les jeunes à qui l’on apprend plus la distinction entre le bien et le mal.

Le Mag : Quelles que soient les confessions toute chacun peut être victime des manifestations du mal ?
Père de Wasseige : Tout à fait. Le cardinal Ratzinger avant d’être pape a déclaré : ‘‘Le Diable c’est la non-personne ou l’anti-personne.’’. C’est toujours dangereux quand on veut le personnaliser. Pour moi c’est vrai que l’esprit du mal existe. Il suffit de voir ce qui se passe sur la planète. J’ai eu l’occasion d’aller au Rwanda et à l’endroit où je dispensais des cours 250 personnes avaient été tuées. Dans les manifestations nazies se trouvait l’esprit du mal comme à Auschwitz. Quand on est plus accepté comme une personne et que l’on est seulement un numéro, c’est le mal qui domine.

Le Mag : Le film d’horreur à sensation L’Exorciste que vous avez sans doute vu véhicule des images du mal ?

Père de Wasseige : Des films comme l’exorcisme ou scream ne sont pas bons. J’ai vu le film plusieurs fois et je l’ai analysé. Je ne travaille pas comme l’exorciste de ce film. Je suis tout à fait contre ce film. Il fait du tort. Il est plein de violences. Le terme exorciste n’est pas un bon terme. C’est un mot qui effraie. Moi j’écoute les gens avec tout ce qu’ils ont à me dire. Je ne suis pas un moraliste leur disant c’est bien ou mal. Ce sont avant tout des personnes angoissées qu’il faut aider.

Le Mag : Vos interventions impliquent des frais ?
Père de Wasseige : Non. C’est un service gratuit du diocèse. Des malfaiteurs peuvent abuser de l’angoisse des gens et leur proposer des séances pour les désenvoûter, ce qui peut leur coûter plusieurs milliers d’euros. Les personnes qui font appellent à moi, si elles le souhaitent, peuvent donner une aumône.

Le Mag : Comment peut-on vous contacter ?
Père de Wasseige : Beaucoup de personnes appellent à l’Archevêché. Le bouche à oreille marche très bien également. Les magnétiseurs ou désenvoûteurs recommandent parfois de me contacter.
M-L P.
le 03 octobre, 2005
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