DRAGON 25 : un ange veille sur nous

En mars 2000, une campagne d’essai est réalisée à la demande des collectivités locales et des structures chargées du secours en Franche-Comté afin d’analyser l’intérêt et la faisabilité du projet d’implantation d’une base hélicoptère de la Sécurité civile à Besançon. Cette étude souligne l'absence d'un hélicoptère assurant les missions d’intervention et de secours dans un triangle situé entre les villes de Strasbourg, Paris et Lyon. Trois ans plus tard, le 27 septembre 2003, l’équipe de La Vèze dirigée par le chef de base Hervé Labous effectuait sa première intervention. La base s’affiche aujourd’hui comme un maillon essentiel des différents organismes qui assurent les missions de secours et d’aide aux populations, même si ses actions dépassent largement ce cadre. Reportage sur l’organisation et le fonctionnement d’un lieu où professionnalisme, dévouement et passion accompagnent au quotidien les hommes de Dragon 25.
 
La naissance d'une base
En 2000, suite à l’accord du Ministère de l’Intérieur concernant l’implantation de la base à La Vèze, la construction du bâtiment débute. C’est dans ce cadre qu’Hervé Labous quitte ses fonctions de chef de base à Granville pour finaliser dès l’été 2002 la réalisation du projet bisontin. A son arrivée, il est chargé d’assurer la réception des travaux et de l’hélicoptère, d’organiser l’aménagement du bâtiment et d’accueillir l’équipage. Au delà d’une prise en charge logistique et matérielle, il s’agit de lever les réserves face à l’installation du projet dans la capitale franc-comtoise et d'ancrer la structure dans le paysage local.
Fin 2002, la nomination de Marck Duchâtel au poste de chef mécanicien amène les deux hommes à établir les fondements d’une organisation interne, dans un esprit d’initiative et de complémentarité. Au fil des semaines, l’équipage se constitue pour enfin compter trois pilotes, trois mécaniciens et un pilote instructeur. Investis dans cette aventure professionnelle et humaine, ces hommes répondent aux exigences de métiers spécialisés dans lequel la sécurité prime.

L’organisation des hélicoptères de la Sécurité civile
La grande majorité du personnel en fonction à La Vèze est issue de l’armée, et plus précisément de l'aviation légère de l'armée de l'air. Au vu des compétences nécessaires pour intégrer la Sécurité civile, cette orientation paraît tout à fait logique. Sur les 122 pilotes hélicoptère de la Sécurité civile, seulement deux ont appris à piloter en dehors de l’armée.
Cette flotte hélicoptère, appelée Groupement d'Hélicoptères de la Sécurité civile, est implantée sur 22 bases réparties sur tout le territoire français, dont une en Guadeloupe. Ce Groupement dispose d'un échelon central de commandement, situé à Nîmes, qui assure la formation des équipages, le suivi technique et la maintenance des engins. Tandis que le Ministère de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire incarne la hiérarchie administrative, la hiérarchie opérationnelle est représentée par le Préfet et par les services en charge du secours dans le département. La base de Besançon dépend donc de moyens nationaux pré-positionnés. Elle met à disposition des acteurs locaux de la Sécurité civile des moyens humains et matériels, et ce sur l'ensemble du territoire. Sa contribution à des actions internationales de secours fait également partie de ses missions. L'équipage de La Vèze a par exemple assuré le transport et la sécurité lors de grandes manifestations tel que le Technival de Metz, le G8 à Evian ou le Bol d’Or de Magny-Cours.

Dragon 25 et ses hommes au quotidien
Si les demandeurs principaux restent les sapeurs-pompiers et le SAMU, des équipages spécialisés sollicitent régulièrement Dragon 25 pour des interventions sur site. C'est par exemple en collaboration avec les démineurs de la Sécurité civile que l’équipage est intervenu pour le retrait d’un colis suspect en bord de voie ferrée. De par la diversité de leurs partenaires et la multiplicité des missions, nulle place à la monotonie ! Ouverte par la recherche d’un avion perdu, la journée peut ensuite s'enchaîner sur le transport de photographes au service d’une collectivité territoriale pour se terminer par un appel en renfort pour des inondations en pays de Loire. En mesure de décoller sans délai de 9 h le matin jusqu’à la nuit tombante, leur activité dépend majoritairement des activités humaines. Mais l'équipage reste joignable et opérationnel 24h/24.

Affichés dans la salle de réunion, deux cartes de la région retracent toutes les interventions en primaire (c'est-à-dire sur site) réalisées distinctement en 2004 et 2005. Pour l’année 2004, on dénombre 338 missions de secours ou de recherche de personnes contre environ 370 pour les dix premiers mois de l’année 2005. Outre une importante augmentation, on constate que la majorité des actions ont été menées sur le Doubs et le Jura, tandis que la Haute-Saône et le territoire de Belfort paraissent moins concernés. Ce constat démontre peut être que la zone Doubs-Jura, de part sa typologie, est accidentogène.
Travailler sur une base hélicoptère de la Sécurité civile signifie vivre au quotidien avec une équipe: partager un espace, du temps, confronter les opinions… Forts de leur expérience et manifestant une véritable prédisposition à travailler en équipe, ces hommes possèdent tous la capacité d'aplanir leurs divergences. Les missions accomplies et les dangers qu’elles impliquent nécessitent une confiance totale en son partenaire. L’opération de treuillage illustre la complicité indispensable au sein d’un binôme: le mécanicien descend ou remonte la personne hélitreuillée en guidant à la voix le pilote. Ce dernier ne pouvant rien voir de la scène !

Dragon version 25
Dans l’imaginaire franc-comtois, le destin de la base de La Vèze reste intimement lié à celui de l’hélicoptère EC 145, autrement dit Dragon 25, livré en 2003 à Besançon. C'est autour de cet appareil que s'est forgé l'esprit de la base de La Vèze. Exceptionnellement et pendant quelques semaines, l’EC 145 de La Vèze assure ses missions en alternance avec un autre hélicoptère, une Alouette III.
Face aux nostalgiques de ce précédent modèle de la Sécurité civile, l’EC 145 s'impose par ses qualités techniques. Conçu afin de répondre au mieux aux besoins diversifiés de la Sécurité civile, sa bimotorisation accroît la sécurité des vols tandis que l'utilisation des jumelles nocturnes (à intensification de lumière) offre la possibilité d'exécuter des missions de nuit dans de meilleures conditions. De plus, son rayon d’action en autonomie s'élève à 550 kms pour une moyenne de 220 à 230 km/h. La technologie a tant marqué et fait évoluer cette génération d’hélicoptères que pilotes et mécaniciens ont dû suivre une formation complète (deux mois pour les pilotes et trois pour les mécaniciens). "Ce nouvel hélicoptère est une autre façon de voir le vol " confie Hervé Labous.
A Besançon, les nombreux partenaires de la base ont suivi des modules de formation sur l'appareil et sur son matériel, notamment sur le treuil. L'hélicoptère de la Sécurité Civile étant le seul appareil assurant l'hélitreuillage dans toute la Franche-Comté. Parmi les partenaires formés, on compte les Sapeurs-Pompiers, le GRIMP de Besançon et celui du Jura, les Plongeurs de Besançon, le SAMU 25 ou encore le Peloton de gendarmerie de montagne des Rousses. Seules ces personnes sont habilitées à coopérer sur les interventions de Dragon 25. Le maintien des acquis des équipages passe par une vérification régulière des compétences assurée en interne par le pilote instructeur Olivier Engli.
Afin d’optimiser les conditions de sécurité en vol autant que sur la base, la formation, la vérification des compétences ainsi que l’état de santé des équipages s’affichent comme une priorité. Ainsi, l’aviation civile renouvelle la licence de pilote en fonction du nombre d’heures de vol justifiés et à l’issue d’une visite médicale.
Laura Franco
le 01 novembre, 2005
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