Un mortuacien à l'origine d'un site illégal de streaming

Un mortuacien de 22 ans est soupçonné d'avoir créé un site de streaming illégal et de l'alimenter depuis 2016. Etienne Manteaux, Procureur de la République de Besançon, s'est exprimé sur cette enquête qualifiée de complexe et d'inhabituelle...

C'est un signalement de l'ALPA (Association de Lutte contre le Piratage Audiovisuel) fin 2017 qui a amené les enquêteurs de la DIPJ (Direction Interrégionale de la Police Judiciaire) de Dijon sur la piste du créateur du site seriefr.eu, bibliothèque illégale et gratuite de plus de deux millions d'épisodes de séries télévisées fondée en 2016. Alors que la fréquentation de la plateforme était en constante augmentation, cette dernière a été fermée le 4 avril 2019 suite à l'arrestation du développeur du site, étudiant en deuxième année de master d'informatique et de robotique à Besançon.

Six autres personnes ont été interpellées pour avoir contribué à l'alimentation du site web, c'est-à-dire qu'ils transféraient des épisodes de séries télévisées au jeune homme. Tous sont âgés entre 20 et 36 ans et habitent dans les quatre coins de la France. 

De nombreuses compétences nécessaires

L'affaire a mobilisé des enquêteurs de la DIJP avec, pour appui, des membres de l'un des quinze LION (Laboratoire d'Investigation Opérationnelle du Numérique) français. Cet institut créé par la SDLC (Sous-Direction de la Lutte contre la Cybercriminalité) a pour rôle de spécialiser les enquêteurs dans le domaine de la cybercriminalité. "Nous avons affaire à un individu très doué dans son domaine [...], un brillant sujet" a déclaré le procureur de la République Etienne Manteaux.

Les enquêteurs peuvent se féliciter d'une chose en particulier : l'ensemble des acteurs agissant pour le compte de ce site a été appréhendé, cas très rare avec l'évolution rapide de la toile.

Un site qui a généré des milliers d'euros

Grâce à la publicité, seriefr.eu a généré plus de 200 000 € de chiffre d'affaires, permettant à l'instigateur de dégager un bénéfice de 30 000 € après rémunération des hébergeurs et des contributeurs. Le jeune homme n'a pas hésité à investir dans la cryptomonnaie, notamment en bitcoins et moneros, que l'AGRASC (Agence de Gestion et de Recouvrement des Avoirs Saisis et Confisqués) a saisi dès son arrestation, le 4 avril dernier.

Les risques encourus 

Face aux plaintes déposées par la SACEM (Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de Musique) et le SEVN (Syndicat de l'Edition Vidéo Numérique), les sept prévenus encourent sept ans de prison pour recel de contrefaçons commis en bande organisée et contrefaçon audiovisuelle. Le jugement sera rendu par le tribunal correctionnel de Besançon le 13 novembre prochain, et prendra sûrement en compte de le fait que ce jeune génie de l'informatique s'est montré coopératif après son arrestation.

le 29 mai, 2019
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