Festival de Cannes 2019 : une bisontine au cœur de la polémique

Nous avions parlé d’elle en février 2019 dans notre magazine papier Le Mag. L’actrice Ophélie BAU, née à Besançon, est sujette à une grande controverse ce jeudi 23 mai après la diffusion du film Mektoube, My Love : Intermezzo au 72ème Festival de Cannes.

A deux jours de la fin de la compétition, le deuxième volet de Mektoube, My Love : Canto Uno (2017), réalisé par Abdellatif KECHICHE, n’a pas su conquérir le public du festival. Suite à la polémique suscitée par la projection, nous avons demandé l’avis de Gérard MARION, directeur du festival Lumières d’Afrique de Besançon, présent au Festival de Cannes.

Alors que le film ne cesse de montrer des corps féminins dénudés qui se déhanchent en boîte de nuit, c’est une scène de sexe de 13 minutes jouée par l’actrice Ophélie BAU et Roméo DE LACOUR qui a dirigé certains spectateurs vers la sortie avant la fin de la projection.

A l’heure où le féminisme est sur le devant de la scène, l’utilisation de la femme et de ses courbes dans un festival rassemblant les meilleures œuvres n’a pas été bien accueillie par les critiques. Et c’est sûrement ce qui a poussé Ophélie BAU vers la sortie avant l’allumage de la salle. Elle ne sera ensuite pas présente à la conférence de presse. Pourtant, l’actrice aurait demandé au réalisateur de visionner cette scène avant la diffusion du film sans que sa requête ne soit acceptée.

Gérard MARION n’est pas étonné par le metteur en scène : « KECHICHE, c’est quelqu’un qui est connu pour faire des films à saturation […], c’est-à-dire qu’il emmène toujours le spectateur dans quelque chose qui va jusqu’à l’extrême ». Pour sa 25ème année au Festival de Cannes, il insiste : « ce n’est pas souvent que je sors d’une salle avant la fin. Je suis resté deux heures, je n’ai pas tenu et je suis sorti ! ». Dès la première heure de projection, le public autour de lui n’a pas hésité à sortir de la salle, perdant patience.

Abdellatif KECHICHE est-il allé trop loin ? C’est ce que pensent certains réalisateurs comme Thibaut BUCCELLATO, qui écrit sur Twitter : « Pas de générique, pas de réelle narration. Une intro sur un cul, des plans sur des culs. Et encore. Une discussion sur les culs. D’autres culs. Et on finit sur un cul. Plage. Boîte. Cunni. Boîte. Fin. J’adore le cinéma de Kechiche mais là, j’ai pas suivi... ».

Le film ne connaît pas alors le succès du premier volet, qualifié de chef-d’œuvre. Pour l’heure, rien n’est prévu sur grand écran. Le goût du réalisateur pour la provocation avait pourtant réussi à enchanter le public de La Vie d’Adèle (2013) mais insurge aujourd’hui les spectateurs de Mektoube, My Love : Intermezzo. Pour notre interviewé, les premiers avis du public ne définissent pas la qualité d’un film : il utilise l’exemple de Jean-Luc Godard, très critiqué pour ses films qui sont devenus des chefs-d’œuvre. Il ne reste plus qu’à attendre l’avis du jury, composé de professionnels du cinéma, qui distribuera la Palme d’Or 2019 demain, samedi 25 mai. Sera-t-elle d’ordre politique ? social ? esthétique ? Rien ne permet de savoir qui obtiendra un prix à cette 72ème édition du Festival de Cannes.

le 24 mai, 2019
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