S'imprégner du quotidien d'Afrique

Chaque année au coeur de Lumières d'Afrique, le festival des cinémas d'Afrique qui se tient à Besançon, une exposition photo intitulée Vues d'Afrique trouve une place dont la vocation est de marquer les esprits...

C'est aussi la possibilité pour des voyageurs d'avoir une autre façon de témoigner sur un continent par des images plus fixes que les films. Il s'agit de leurs clignements d'yeux sur l'Histoire qui se construit. Lors de l'exposition, les visiteurs dialoguent avec les photographes à l'occasion de permanences. De surcroît, les gens peuvent commander des photographies exposées, donc emporter une trace de la mémoire d'un lieu.

La notion de "vues" n'indique pas le regard que l'on porte sur l'Afrique mais, plutôt la manière dont le photographe l'aborde. Il s'agit également de mettre en avant un message, accentuer autre chose que la vision exotique destinée au tourisme de loisir. La série de photos qui se rapportaient aux quarante-et-une collines du Bénin illustre justement le propos. Cette thématique montrait des images sombres, austères, minérales, synthétisant les particularités du pays ouest-africain. Lorsque l'on va en Afrique, nulle besoin de se poser la question sur ce qu'il y a à découvrir. Ce qu'on y trouve est si différent de l'Europe, le mystère subsiste entier et défait l'idée du terrain conquis. La beauté, la générosité, le partage, tout est à découvrir. Porter son enfant sur le dos notamment, ne paraît pas aussi instinctif du côté de chez nous. Parmi le florilège des photos des Vues d'Afrique 2016, on pouvait ainsi voir ce que les femmes du Burkina Faso portent dans le dos. La série faisait d'ailleurs suite à une autre de l'an dernier, où le même photographe présentait ce que les africaines transportent sur la tête. Ce quotidien peut paraître anodin, mais il passionne l'étranger.

Les réalités moins joyeuses n'étaient pas cachées aux yeux des spectateurs. Des images s'ouvrant sur des enfants de la République Démocratique du Congo en situation post-traumatique étaient exposées. Toutefois le médecin qui a réalisé cette série a pu aider les enfants là-bas, et a donc accroché sur les grilles de l'exposition des petits êtres tirés d'affaires. Les turpitudes de l'actualité ne découragent cependant pas les photographes attirés par l'Afrique. L'émerveillement agit comme un aimant. Cet effet appelle "l'envie de partager (subjectivement) les découvertes", assurait la coordinatrice de Vues d'Afrique, Annick Preux, dans son discours de présentation, le 7 novembre lors du vernissage dans la salle Proudhon. Les visiteurs peuvent se demander avec le recul si l'enfant soldat vu sur un cliché de la susnommée série faite en République Démocratique du Congo, est quant à lui "tiré d'affaire". Pas question de misérabilisme, car il y a beaucoup de "richesse non seulement dans les paysages, mais aussi dans tout ce que les personnes peuvent apporter", temporise Annick Preux répondant à notre interview. Des photographies sur les artisans marocains attestaient, cette année. où des objets intéressants ont été fabriqués à partir des matériaux les plus simples.

L'exposition englobe un ensemble de collections thématiques sans avoir elle-même de fil conducteur. Il existe toutefois une harmonie dans la disposition des grilles qui supportent les photos. Une fois tous les clichés observés, la cohérence paraît évidente, comme quand, sur la présentation de cette édition, on regardait les perspectives du désert marocain près de l'Algérie. Il peut également s'agir de contrastes tels que les enfants soignés du Congo à côté de vues sur un cimetière tunisien. L'harmonie vient instinctivement aux yeux des organisateurs après le visionnage. "Nous avons une réflexion en amont pour savoir comment se fera la fluidité de la visite", assure Annick Preux. Un confort pour les visiteurs, donc, avec entre les grandes séries, des petites niches de trois photos qui invitent à l'intimité. Le public doit se sentir "imprégné par l'ambiance africaine", préconise la coordinatrice.

Certains photographes décident en amont de produire des images à destination de Vues d'Afrique pour lequel ils ont réfléchi à un thème. D'autres contactent les organisateurs après coup, qui chercheront dans les ordinateurs ou dans les endroits de stockage, pour trouver douze ou quinze photos sur un même thème. Outre la centaine de clichés qui composent Vues d'Afrique, seize formats particuliers s'adossent en sus par le biais d'une association qui fait découvrir son action à travers les photos. C'est l'Association Culturelle des Etudiants Maghrébins (ACEM) de Besançon qui a été retenue cette année. La structure prend de l'ampleur. Elle accueille ses compatriotes ultra-méditerranéens effectuant leurs études dans la capitale comtoise. A travers des événements culinaires, musicaux ou photographiques, les élèves font sans cesse découvrir leur pays.

Angle Ouvert - www.angle-ouvert.net
Frédéric DASSONVILLE

le 09 janvier, 2017
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