Selon Christine BOUQUIN, les "Mots Doubs", victimes du chaos territorial !

Les "Mots Doubs", victimes du chaos territorial! Qui peut penser que c'est de gaieté de cœur que j'ai décidé la suppression de la manifestation des "Mots Doubs" que j'avais soutenue aux côtés de Claude Girard, en 2002...

 

 

En effet, depuis plusieurs jours, de nombreux élus et observateurs sont prompts à condamner la majorité départementale pour avoir fait ce choix.

Visiblement, beaucoup ne sont pas au fait du sort réservé aux Départements, pas plus que des décisions prises lors de notre séance d'orientations budgétaires du 1er février dernier.

C'est pourquoi, je me permets de rappeler quelques points.

Comme toutes les collectivités locales, les Départements sont contributeurs à l'effort de réduction des déficits publics nationaux, et voient les dotations de l'Etat aux collectivités se réduire entre 2015 et 2017 de façon très sensible. Comme si cela ne suffisait pas, s'y ajoutent un prélèvement au titre de la péréquation entre Départements, et une augmentation inexorable des dépenses obligatoires d'allocations individuelles de solidarité, notamment celles relatives au RSA.

Pour 2016, comparativement à 2015, la baisse des recettes et l'inscription des dépenses obligatoires supplémentaires pour le RSA s'établit à plus de 17M€, et nécessite un effort budgétaire équivalent !

De surcroît, sous les effets de la loi NOTRe du 7 août 2015, toutes les collectivités doivent se réformer structurellement au pas de charge, sur de nouveaux périmètres parfois (EPCI et Régions), ou avec des compétences redéfinies ou limitées. Les Départements n'échappent pas à ce bouleversement qui ne saurait être minimisé et dont toutes les conséquences n'ont pas encore été traduites.

À mon sens, le secteur territorial est entraîné dans un chaos jamais rencontré, porteur de risques pour le service public, l'investissement public, et l'animation des territoires. La presse locale et nationale ne manque pas d'ailleurs de relater avec constance et précision cet état de fait.

Dans ce contexte très délicat, où de surcroît le Département est lesté de plus de 270 M€ de dette issue de la précédente gestion, la majorité départementale a engagé un travail méthodique de cadrage budgétaire pluriannuel, de redéfinition du projet de mandat, et de reconstruction des politiques publiques, avec l'engagement de ne pas augmenter le taux de la fiscalité directe qui lui incombe.

C'est notre choix, notre lecture des attentes des habitants et des contribuables.

Cela conduit évidemment à des priorités. Elles s'orientent en direction de la mission confiée par le législateur, à savoir assurer les solidarités humaines et territoriales dans des blocs de compétences à présent restreints.

Le Département est donc contraint de s'en tenir aux choix vitaux. À titre d'exemple, le Département peut-il se permettre de ne pas verser le RSA aux bénéficiaires, de ne pas entretenir, sécuriser, moderniser son important patrimoine routier, de ne pas protéger les enfants qui lui sont confiés, de ne pas accompagner nos anciens, de ne pas nourrir ou transporter les collégiens, de ne pas développer un réseau très haut débit attendu par tous, de ne pas tenter d'irriguer l'ensemble du territoire par des actions culturelles ou sportives,...?

À mon grand regret, la manifestation des "Mots Doubs", ne peut plus s’inscrire dans ces priorités, malgré son succès auprès du grand public.

Alors, bien sûr, j'entends dire pêle-mêle, que 500 000€, coût global de la manifestation, c'est "l'épaisseur du trait", que la culture est encore une fois sacrifiée, que je préfère les routes à l'action culturelle, que la Saline d'Arc-et-Senans mobilise tous les moyens du département,...

Que de procès d'intention et d'amalgames !

S'agissant de la Saline d'Arc-et-Senans, son projet est porté par l'Établissement Public de Coopération Culturel (EPCC) regroupant notamment la Région et l'État. Ce dernier, par la décision de Monsieur le Premier Ministre, envisage d'ailleurs un soutien important eu égard à la qualité du programme culturel que nous proposons.

En outre, au plan culturel, il me paraît normal que le Département s'attache à faire vivre les lieux patrimoniaux dont il est propriétaire, tels que la Saline et le Musée Courbet, ou fasse fonctionner des établissements publics propres, tels que les Archives ou la Médiathèque Départementale, tout en maintenant un soutien aux acteurs culturels associatifs de toute sorte qui interviennent sur l'ensemble du territoire.

Aussi, je réfute totalement l'expression de faute politique associée à la suppression des "Mots Doubs", comme j'ai pu le lire ou l'entendre.

En premier lieu, pour qu'il y ait faute, il faudrait qu'une règle ne soit pas respectée, ce qui n'est pas le cas.

En second lieu, j'affirme la légitimité de la majorité départementale à faire des choix, certes en rupture avec le passé, mais en phase avec les priorités essentielles de la collectivité et ses moyens.

Enfin, je confirme que mon objectif est de permettre aux habitants de ce département notamment les plus en difficulté, ou les plus éloignés, d'avoir accès à un service public complet et de qualité. Christine Bouquin Présidente du Département.

                                                                                                                     Christine Bouquin

                                                                                                                     Présidente du Département du Doubs

 

__________________________________

 

Communiqué EELV Franche-Comté :

"Mettre la faute sur la loi NOTRe est un prétexte trop facile et qui plus est erroné. Cela fait très longtemps que la culture est une compétence partagée et la loi NOTRe n’a fait qu’en prendre acte. Cette manière de mettre la pression sur les autres collectivités… de gauche (Conseil Régional, CAGB, Ville de Besançon…) ne présage rien de bon sur la qualité du dialogue entre les unes et les autres et pour l’ensemble des manifestations culturelles - déjà - cofinancées.

La décision a été prise sans aucune concertation avec les partenaires de la manifestation. Il est invraisemblable que l’affaire ait été découverte au hasard des annulations de réservations hôtelières ! Gageons que les élu-es du Conseil départemental ne s’aventureront qu’avec prudence pour dénoncer le soi-disant manque de concertation d’autres collectivités. 

Bien sûr, les départements, comme l’ensemble des collectivités, sont en grande difficulté financière en raison de l’écart entre les dépenses -  notamment les dépenses de solidarité - et la dotation versée par l’Etat. Mais cela étant lors des séances de vœux des maires dans leur commune, M. Fagaut, Vice-président culture du Conseil départemental, a répété avec constance que la priorité du conseil départemental du Doubs était les routes. C’est un choix, c’est son choix, c’est le choix de la collectivité départementale, les élu-es doivent alors en assumer les conséquences sur le retrait d’autres politiques.
Dans une période troublée où les conservatismes, voire les fanatismes d’un autre temps, sont exprimés par certains sans aucune retenue, nous sommes convaincus que l’éducation, la culture et les arts, la liberté d’association, d’expression, sont autant de moyens à mettre en œuvre au service d’un projet de société écologiste et citoyen.

La culture ne peut être abandonnée au bord des routes ".

 

 

le 04 mars, 2016
Connectez-vous pour commenter