Les forges de Châtillon-sur-Lison

Sans même connaître la commune de Châtillon-sur-Lison, vous avez forcément aperçu son superbe château féodal situé sur une butte à 464 mètres d’altitude qui domine la Loue et le Lison. Un château qui date du XIIe siècle...

Le village de Châtillon-sur-Lison est formé de trois hameaux : le Château, les Granges et les Forges en contrebas situées en bordure de la Loue. Si aujourd’hui il y a 12 habitants à Chatillon-sur-Lison, il y en a eu plus de 400 lorsque les forges étaient encore en activité.

Les Forges 1676-1876, deux siècles d’activité
Comme un peu partout dans la région, les rivières et les bois ont permis l’utilisation et le développement de l’énergie hydraulique. Elle permettait de faire tourner les meules des moulins mais aussi la mise en mouvement des roues qui actionnent les souffl ets et les martinets des forges. La présence de minerai de fer dans le soussol permettait l’exploitation métallurgique. (À Chatillon-sur-Lison, sur la rive de la Loue, un haut fourneau existait déjà en 1667, il cessa son activité en 1772.)

En parallèle des hauts fourneaux, les forges étaient nécessaires pour travailler le fer. Des martinets et souffl ets étaient installés, des fours pour recuire les fi ls de fer, des fonderies, des ateliers d’étirage étaient également présents. Une halle à charbon, une scierie, une menuiserie, une clouterie ont été également recensés en guise d’inventaire lors des changements de propriétaires. D’ailleurs ces derniers ont habité un certain temps au château de Châtillon, puis ont construit une maison de maître pour vivre sur le site de production.

Les ouvriers vivaient eux aussi sur place et cela dès la fi n du XVIIe siècle. En 1826, jusqu’à 155 ouvriers travaillent aux Forges. L’isolement des Forges et la volonté du travail en continu font que femmes et enfants habitent aux forges. C’est tout un village autarcique qui se construit ainsi aux Forges, comptant jusqu’à 462 personnes. C’est donc à l’écart du monde agricole et des villages voisins que les ouvriers du feu vivent en communauté. Des logements sont construits et les ouvriers disposent en plus des jardins, des vignes sur les communes de Rouhe et Rurey. La pêche dans la Loue est bien sûr une pratique quotidienne.

Afin d’éviter aux ouvriers de se rendre aux offices religieux à Cussey ou à Courcelles, les maîtres des forges font construire une chapelle avec son cimetière et une école au sein même de l’enceinte des forges permettant aux enfants d’être scolarisés sans même quitter le site. Un magasin est même ouvert pour les provisions des ouvriers. Un incendie en 1876 détruit la tréfilerie et la clouterie entraînant ainsi la fi n de l’activité. De 1878 à 1917, la société des Hauts Fourneaux vend l’ensemble du domaine des Forges à des particuliers et de 1917 à 1947 c’est la société des Forges de Franche-Comté qui rachète l’ensemble du lieu-dit et fait construire une centrale hydroélectrique dans les années 20. Les forges de Châtillon-sur-Lison sont nationalisées par décret en date du 17 avril 1947.

Depuis 1961, EDF exploite la centrale mais a vendu toutes les habitations et différents terrains à des particuliers c’est ainsi que s’est constitué le hameau des Forges.

Les forges actuellement
Albert Bailly, 92 ans résidant aux Forges, raconte :
« Je n’ai jamais connu les forges en activité mais j’en ai entendu parler toute ma vie. Vous voyez la petite maison là, en contrebas et bien autrefois la route passait juste devant cette maison en bordure de la Loue. C’était la maison des passeurs de bac. Un homme habitait au rez-de-chaussée, il y avait deux pièces et à tout heure, il traversait avec sa barque pour faire passer les gens et les marchandises,… ben oui le pont n’existait pas ! Vous savez aux Forges, les ouvriers travaillaient dur, 12h par jour pendant 6 jours, les ouvriers dormaient sur place pour ne pas perdre de temps. Les anciens disaient qu’il y avait 19 roues à aubes pour faire tourner toute l’usine, bien sûr aujourd’hui on se rend moins compte, une bonne partie des maisons ont été démontées ».

le 28 avril, 2014
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