Agriculture biologique en danger

La Loi (1) d’Orientation Agricole n° 2006-11 du 5 janvier 2006 interdit de fournir des produits phytosanitaires (2) et de communiquer publiquement des recettes de produits naturels non-homologués. En d’autre terme, il est dorénavant interdit de confier publiquement que l’eau chaude est un bon désherbant pour les allées ou de vanter les bienfaits du purin d’orties reconnu comme activateur de croissance et répulsif contre certaines insectes. Protection des consommateurs ou protection des intérêts de l’agrochimie ?

Outre le fait d’empêcher la transmission de savoirs ancestraux, mettant en péril un pan entier de la connaissance en horticulture biologique, cette loi porte également atteinte au droit à l’information du consommateur. Toute personne délivrant ce type d’informations est effectivement répréhensible de deux ans de prison et de 15000 € d’amende. Quant aux démarches longues et coûteuses d’une demande d’homologation, elles resteraient vaines dans la mesure où la commission qui les attribue est essentiellement composée de producteurs de produits phytosanitaires chimiques de synthèse.

{mosimage} Concrètement, cela signifie que le jardinage et l’agriculture biologique, tombant sous le coup de cette loi, vont être amenés à disparaître. En effet, respecter le cahier des charges de l’agriculture bio signifie ne pas avoir recours aux produits chimiques de synthèse. 95 % des produits utilisés par le paysan bio sont fabriqués à partir de produits naturels, de façon artisanale… et grâce aux “recettes de grand-mère” !

Ainsi, au-delà de l’aspect environnemental, cette loi d’orientation agricole fait passer tout le secteur de l’agriculture biologique hors la loi. Situation aberrante…mais bonne nouvelle pour les multinationales de l’agrochimie qui ne voient pas d’un bon œil l’évolution des libres pratiques de certains jardiniers et agriculteurs.

Laura Franco
 
1: Les Produits phytopharmaceutiques sont définis comme les substances actives et les préparations contenant une ou plusieurs substances actives destinées à protéger les végétaux, exercer une action sur leurs processus vitaux, assurer leur conservation ou encore détruire les végétaux indésirables.
Les termes de pesticide, produit phytosanitaire, produit agropharmaceutique sont également fréquemment employés dans la pratique dans un sens proche de produits phytopharmaceutiques.

2: Extrait de la LOI n° 2006-11 du 5 janvier 2006 d’orientation agricole
«Art. L. 253-1. - I. - Sont interdites la mise sur le marché, l’utilisation et la détention par l’utilisateur final des produits phytopharmaceutiques s’ils ne bénéficient pas d’une autorisation de mise sur le marché ou d’une autorisation de distribution pour expérimentation délivrée dans les conditions prévues au présent chapitre.»
«Art. L. 253-7. - Toute publicité commerciale ou toute recommandation pour les produits définis à l’article L. 253-1. ne peuvent porter que sur les produits bénéficiant d’une autorisation de mise sur le marché et sur les conditions d’emploi fixées dans ces autorisations.»
le 22 septembre, 2006
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