La chasse à courre a le vent en poupe

Comment expliquer l’essor actuel de la chasse à cour ? Représenté dans le département par deux équipages créés depuis 1998, ce mode de chasse ancestral tient à conserver ses traditions tout en s’ouvrant à un plus large public. Une pratique qualifiée "d’écologique et naturelle" par ses adeptes mais qui reste pourtant combattue par les anti-chasse.

 

Les six membres de l’équipage Rallye Loue-Lison, officiellement constitué en association, se donnent traditionnellement rendez-vous les jeudi et dimanche après-midi, dans les forêts d’Amancey, de Mérey-sous-Montrond ou d’Eternoz. A l’orée du bois, une vingtaine de chiens descendent du véhicule, queues frétillantes, tandis que les hommes boutonnent leur gilet aux couleurs de l’équipage et se pourvoient d’une pibole (corne de chasse), seul objet réellement utile pour cette chasse pratiquée sans arme. Dés l’odeur d’une proie détectée, la meute se lance à la poursuite de l’animal. Tentant de la suivre à pied ou à VTT, le maître d’équipage Hervé Cart et ses compères se repèreront aux écris (aboiements) de leurs chiens courants. La chasse débute, à travers bois et champs, sans aucune certitude quant à son issue.

Hervé Cart, chasseur de longue date et veneur depuis une dizaine d’années, constate l’intérêt grandissant suscité par la vènerie1, notamment chez les jeunes et les femmes. "Cette évolution tient à la nature même de cette chasse. Elle favorise une relation privilégiée à la nature et défend les principes d’une pratique écologique, dans le sens où elle reproduit le système prédateur-proie tel qu’il existe dans la nature et que les taux de prélèvement restent très faibles.". Effectivement, sur le million de lièvres chassés en France chaque année, mille le sont par des veneurs. L’an passé, l’équipage du Rallye Loue Lison a prélevé quatre lièvres en quatre-vingt sorties. "Le fait que la prise soit rare et difficile confère à la vènerie tout son intérêt et sa valeur. En fait, on chasse avant tout pour le chien. Il est l’âme de la vènerie. Pour nous, tout repose sur lui". Dénominateur commun des veneurs : la passion du chien et celle de la nature.

Après d'autres pays européens, l’Angleterre a abolie la vènerie en 2005, faisant de la France une exception. Aucune menace sérieuse ne plane aujourd’hui sur la vènerie dans notre pays, mais de nombreux détracteurs s’insurgent contre cette forme de chasse "qui consiste à poursuivre lièvre, chevreuil ou sanglier jusqu'à épuisement, donne lieu à des fêtes avec musique et souvent messe ! ". Si la cruauté est le principal grief retenu, son aspect ritualisé et son esthétique associée à la noblesse suscitent également le rejet. En effet, la vènerie tend peut-être à se démocratiser mais elle reste tout de même un loisir codé. Héritière de plusieurs siècles de pratique royale, elle conserve certaines exigences dont la tenue traditionnelle composée d’une chemise blanche, d’une cravate et d’un gilet avec bouton frappé à l’emblème de l’équipage. Sans parler de la devise et l’air de trompe propres à chaque formation ! Il est vrai que le profil du chasseur à courre évolue au fil des décennies. Ainsi, 90% de la vingtaine d‘équipages créés chaque année relèvent de la petite vènerie (chasse du lièvre et du lapin) qui ne nécessite pas de chevaux et un nombre limité de chiens. "La chasse n’est pas liée comme avant à la condition sociale des gens qui la pratique" explique Hervé Cart. Cependant, la complexité des démarches à effectuer afin d’obtenir l’autorisation de former un équipage et les investissements que représente l’entretien d’une meute ne représentent-ils pas des freins à son développement ?

L.F

1.vènerie : l’orthographe du mot vènerie, autre terme employé pour parler de la chasse à cour, a fait l’objet de nombreux débats. En 2001, sous la plume de Maurice Druon, l’académie française opte pour un accent grave.

le 07 décembre, 2006
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