Scieries en Franche-Comté : un équilibre en danger

Avec ses 700 000 hectares, la Franche-Comté compte la deuxième plus importante surface forestière de France derrière l’Aquitaine. Cette particularité naturelle explique en partie le développement d’une importante filière bois, aujourd’hui 5ème employeur de la région, composée entre autre de nombreuses scieries. Un secteur jusqu’à présent porteur remis en question par l’apparition de très grandes entreprises de sciage aux portes de la région...

 


Avec 163 entreprises franc-comtoises, le secteur de la scierie emploie en Franche-Comté environ 2500 personnes pour un total de 1,5 M m3 grumes sciées pour l’année 2006 dont 80% de résineux. Les scieries franc-comtoises sont des entreprises de taille moyenne avec des capacités techniques pointues qui proposent une variété d’essences de feuillus et de résineux destinées à la construction, à l’emballage ou à l’ameublement. La plus importante d’entre elles en terme de m3 grumes sciées reste « Haut-Doubs Sciages » à Levier (100 000 m3) tandis que l’entreprise R-H-D Productions de Fournets Luisans compte le plus grand nombre de salariés, soit 87 personnes. La moyenne régionale pour ce type de structure étant comprise entre 15 à 20 salariés.
Les régions et pays limitrophes (Suisse et Allemagne) voient quant à eux se développer des scieries d’une toute autre taille. L’exemple de Siat-Braun basée à Molsheim en Alsace est révélateur de cette tendance. Aujourd’hui leader national, cette entreprise alsacienne de 330 salariés consomme un million de m3 grumes annuel, soit l’équivalent de toutes les scieries du Doubs sur une même période. Ainsi, le massif forestier des Vosges ne répondant plus à ses besoins et face à la baisse des exportations de bois venu d’Allemagne, la Siat se tourne vers la Franche-Comté pour assurer son approvisionnement en matière première, soit l’équivalent de 132 grumiers de 57 tonnes par jour. L’offre en bois de la Franche-Comté, dont le prélèvement est autorisé et contrôlé par l’ONF (Office National des Forêts), étant plus limité que la demande, les prix ont augmenté entre 30% à 40% en fonction du bois sur la saison 2006/2007.

Pour Roland Verdenet, propriétaire de la « Scierie de la Vallée » à Ornans, les problèmes commencent à se poser : « Les scieries de petite taille comme la mienne travaillent principalement avec les artisans et quelques particuliers. Une relation de confiance s’est établie avec eux, basée sur la qualité des produits et des services, sur la proximité. Les artisans réalisant des chantiers pour lesquels les devis ont été signés il y a huit à neuf mois, je ne peux pas répercuter dès aujourd’hui la hausse des prix d’achat du bois sur la facture.» Pour ces petites entreprises (au dessous des 7.000 m3 sciés par an), le rééquilibrage entre prix d’achat et de vente sera envisageable d’ici quelques mois. En revanche, la situation parait beaucoup plus délicate pour les moyennes scieries (entre 7.000 et 30.000 m3 sciés) qui se retrouvent en concurrence avec les grandes entreprises (au-delà des 30.000 m3) sur un marché dont les règles sont en partie fixées par les centrales d’achat et les enseignes nationales tel que Point P, Tout Faire et Pinault Bois. Responsables de l’ADIB (Association pour le Développement de l’Industrie du bois en Franche-Comté) et professionnels du secteur estiment que l’année 2008 connaîtra les premières répercussions conséquentes de ces changements sur le paysage de la scierie en Franche-Comté.
L.F.
le 25 avril, 2007
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