Expression libre en Franche-comté : où en est la presse satirique ?

Ces journaux n’ont comme seule règle éditoriale que le parler vrai, agrémenté pour certains d’une bonne dose de dérision et d’humour. Nées d’une longue tradition, ces publications proposent un autre regard sur la vie locale, notamment politique, au risque parfois d’être importuné par ceux qu’elles dérangent.

 

Généralement mensuels ou de périodicité irrégulière, les titres alternatifs ont tous comme ambition d’informer différemment les citoyens. Si la caricature des aventures des politiciens amuse toujours, les lecteurs accordent aujourd’hui un intérêt particulier aux abus en tout genre des notables et autres élus locaux. “Nous réalisons un véritable travail d’investigation contrairement à la presse locale qui se contente souvent de jouer les porte-voix des collectivités territoriales” déclare le rédacteur en chef du


Dindon Enchaîné.

Malgré des équipes réduites et majoritairement bénévoles, des tirages assez faibles et une progression générale des ventes et abonnements, la santé de ces journaux reste fragile. Le seul garant de leur liberté d’expression et de ton résidant dans le refus catégorique d’accepter de la publicité, ils existent grâce aux lecteurs et à la motivation des équipes. Car la première des pressions sur les médias est avant tout économique : les annonceurs qui les financent n’ont pas envie, en toute logique, de s’y voir maltraités ! Tous ces petits canards impertinents connaissent le prix de l’indépendance financière à laquelle ils sont viscéralement attachés. Un procès suffit à déstabiliser une publication, quand il ne la fait pas simplement disparaître du paysage de la presse écrite ! Philippe Lamboley, directeur de la Trique du Sapeur, nous explique que son journal a toujours dégagé des bénéfices...mis soigneusement de côté pour assumer les frais inhérents aux procès ! “Nous avons essuyé trois procès importants, rajoute-t-il, dont le dernier en date nous mène jusqu’à la Cour Européenne des Droits de l’Homme !”. Quant au copinage avec la sphère politique, tous déclarent une totale indépendance vis-à-vis des partis, même si on devine parfois quelques affinités.
Cette presse régionale à tendance satirique ne pèse évidemment pas lourd face aux mastodontes du secteur. Mais loin de vouloir rivaliser avec eux, sa seule ambition est de conserver le droit d’écrire librement et de s’assurer une totale liberté éditoriale. Un véritable challenge !

En 2000, la Société Protectrice des Contribuables (SPC) voit le jour à Lons-le-Saunier se donnant comme but d’informer les citoyens sur la conduite des affaires publiques et la gestion des finances. Sous l’impulsion d’Alain Pernot et Morad El Hattab et afin de remplir au mieux cette mission, la SPC se lance dans la création d’un « journal satirique de la vie publique » intitulé le Dindon Enchaîné, en hommage au Canard Enchaîné. Empruntant le ton satirique de son aîné, le Dindon s’attache à rendre accessible les informations et les décisions prises au sein des collectivités territoriales de sa région, plus particulièrement du Jura. Par conséquent, les auteurs dénoncent les abus en tout genre. Indemnités faramineuses, avantages en nature, longévité abusive des élus au sein des collectivités : autant de dérives que ce gallinacé fouineur n’hésite pas à relever. Mais l’édition papier nécessitant un investissement financier et personnel important, Alain Pernot décide en 2004 d’utiliser le Web qu’il qualifie d’”outil fabuleux pour une expression libre”. Plus souple et moins onéreux, le portail ledindon.net permet de diffuser au plus grand nombre des rapports officiels (délibérations, rapports d’activité...) et quelques travaux d’investigation. “Notre démarche est avant tout citoyenne. Nous devons en tant que citoyen avoir un regard critique sur le fonctionnement des collectivités territoriales. (...) Nous souhaitons mettre les élus face à leur responsabilité”. Au sommaire du tout nouveau Dindon Enchaîné (n°9) actuellement disponible en kiosque : la présence (et de fait les absences) des députés locaux à l’Assemblée, l’Hôpital de Champagnole, des brèves sur l’actualité politique sans oublier les rubriques habituelles la mare aux dindons, la brosse à reliure et autres pattes dans le plat.

La Trique du Sapeur, Rédacteur en chef : Philippe Lamboley
La Trique du Sapeur était distribuée depuis l’été 2004 sur une partie de la Haute-Saône. Cette zone de distribution somme toute modeste n’a pas empêché ce mensuel satirico-politique d’être tiré les derniers mois à 2400 exemplaires dont 300 étaient vendus sur abonnement. Le succès rapide et grandissant de la Trique s’est inscrit dans une période de morosité de la presse. Les lecteurs, prêts à consacrer 2€ pour un journal de quatre pages, “ont envie de lire autre chose, d’avoir une information de qualité, hors normes”, affirme Philippe Lamboley, rédacteur en chef. Effectivement, les journalistes, dont certains livrent des informations faute de pouvoir les publier dans le journal régional qui les emploie, n’épargnent personne. C’est peut-être pour cette raison que ces professionnels aguerris qui produisent les articles à titre bénévole, le font généralement sous un pseudonyme. Mais si on ne trouve plus la Trique depuis juin 2007 en kiosque, ce n’est pas à cause de la censure. En effet, ce petit journal n’a pas dit son dernier mot ! Lamboley explique cette absence temporaire : “La ligne éditoriale et la possibilité de l’extension de la zone de distribution à toute la Franche-Comté sont actuellement à l’étude. Nous avons besoin d’une période de réflexion”. Afin de mener à bien ses projets, la Trique serait en pourparler avec un des derniers titres nationaux français qui n’appartient pas à un grand groupe de presse... Affaire à suivre.

Déjà en vente dans une douzaine de régions françaises, Ové Magazine débarque dans les maisons de presse franc-comtoises. Ce trimestriel est né en Touraine sous la plume du journaliste nancéen Alain Montoussé qui a notamment collaboré à l’Express et France Inter. Le sous-titre, « l’effronté », annonce clairement le ton du journal tandis que son slogan “Pour tous ceux qui préfèrent la vérité des faits à la vérité défaite” résume assez bien sa ligne éditoriale. Sans parti pris politique, Ové parle et commente librement la vie publique avec un intérêt particulier pour le milieu judiciaire. Cet ovni d’Ové qui fustige comme il peut encenser, qui navigue entre un ton littéraire et un regard critique, traite en vrac de l’inefficacité de la Commission Européenne des droits de l’homme, de la théorie du “brossage vertical des dents” et des fonds spéciaux qui profitent en grande partie aux service secret français et autres institutions de l’Etat. Huit pages en noir et orange (“la couleur de l’intelligence”, affirme Montoussé sans prétention ! ) sur papier recyclé, pour la modique somme de 3€ et que vous aurez trois mois pour lire. Alors laissez-vous tenter et découvrez ce “périodique informatif à caractère argumentatif” tout fraîchement installé en Franche-Comté.

Pour tous renseignements sur les points de vente
Tél. 02 47 92 20 54
le 31 octobre, 2007
Connectez-vous pour commenter