Quand Villages FM devient le QG des médias !

En quatre jours, Déservillers a vu déferler sur son secteur une trentaine de journalistes pour couvrir l’accident des spéléologues. Les six hommes bloqués dans le réseau souterrain du Verneau ont suscité l’intérêt des médias nationaux et étrangers. Retour sur la métamorphose de ce village de 283 habitants à la fois amusés et agacés par l’invasion médiatique.

 

Six spéléologues partis en exploration devaient refaire surface dimanche 6 janvier en matinée. Aux premières loges, le responsable d’antenne de Villages FM, Alain Bulle, est alerté en début d’après-midi du déclenchement d’un plan de secours préfectoral. À l’édition nationale du 19/20 du soir même, France3 couvre l’événement tandis que la première dépêche de l’AFP tombe sur les bureaux de toutes les rédactions nationales. Dès le lundi, une quarantaine de journalistes, cameramen et photographes prennent possession du village. « L’effet d’entraînement est indéniable. Si certains médias y vont, les autres suivent ! » explique Laurent Ducrozet de France3. Le journaliste du quotidien Le Parisien rajoute que l’accident spéléo a le profil du bon fait divers : « Sur ce genre d’événement, nous avons une véritable histoire à raconter, du mystère, de l’attente et des données inconnues qui nous permettent de rebondir. » Par ailleurs, le nombre important de victimes impliquées dans l’accident de Déservillers ainsi que les moyens de secours déployés ont contribué au phénomène de médiatisation de l’événement.

Villages FM, situé à 30 mètres du Poste de Commandement des secours devient alors le Quartier Général des médias. « Sur ce type de reportage en milieu rural, pour être au cœur de l’événement, on passe beaucoup de temps dans nos voitures. On y réalise nos montages radio, on y mange, on y attend les dernières infos.! » explique Dimitri Rahmelour, journaliste de RTL. « À Goumois, lors du dernier important accident spéléo de la région, les conditions de travail était particulièrement sommaires » rajoute-t-il. Une quinzaine de journalistes dont ceux de TF1, RTL, Europe1, le journal l’Alsace/Le Pays, Le Parisien ou encore l’AFP ont ainsi trouvé refuge dans les locaux de la radio… équipés de lignes téléphoniques, de connexions ADSL, de sanitaires, d’une cafetière et ravitaillés en Comté ! Un véritable luxe pour ces baroudeurs de l’information.

Rapidement conscients de l’impact médiatique de l’évènement, le Colonel André Benkemoun des Sapeurs-Pompiers et le Président du Spéléo Secours Français Éric Zipper mettent en place des points presse réguliers. Fort de son expérience dans la gestion des journalistes lors de l’affaire du Concorde, le Colonel Benkemoun s’attache à maîtriser l’information auprès de la presse. Mais cette source officielle ne peut pleinement contenter les médias ! « Nous devons fournir à notre rédaction un élément nouveau à chaque journal télévisé », explique Emmanuel Rivallain, correspondant de TF1 basé à Besançon. « On n’a aucun intérêt à repasser les mêmes images, les mêmes commentaires. » Une soif du scoop qui a amené le reporter de France3 Bourgogne Franche-Comté à passer la nuit de lundi à mardi dans le camion satellitaire installé à quelques mètres de l’entrée du gouffre des Biefs Boussets, tandis que ses confrères de TF1 se rendaient en repérage à la grotte Baudin.



Si cette importante présence médiatique a amusé les enfants de l’école de Déservillers et interpellé les habitants du village, il semble qu’elle ait parfois irrité les équipes de secours qui, pour la grande majorité, fuyait micros et caméras. « On ne sait rien de plus que vous », témoignait un membre du Spéléo Secours Français, le sourire aux lèvres, interrogé alors qu’il sortait des Biefs Boussets. Mais d’où proviennent les informations si elles n’émergent pas directement du réseau souterrain ? Peut-être de cette téléradiesthésiste belge qui a réussi à joindre la direction des opérations de secours pour donner ses indications sur la localisation des hommes bloqués sous terre !


Laura Franco.

le 03 février, 2008
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